« La pornographie juvénile est devenue […] une énorme industrie qui incite systématiquement à l’exploitation d’enfants5. »
EN BREF
« Internet ne crée pas d’intérêt sexuel pour les enfants, mais des victimes. »
– Dr Peter Collins14
« On ne saurait sous-estimer la menace posée par la distribution de pornographie juvénile sur Internet. Internet fournit un réseau de distribution mondial instantané et non réglementé qui permet la visualisation et le téléchargement immédiats et une diffusion encore plus vaste15. »
« Nous échangions des images […] comme des cartes de baseball. Il y avait aussi l’excitation de les collectionner. On voulait avoir la série complète […] c’était aussi comme une collection de timbres. »
– Collectionneur de pornographie juvénile16
Les répercussions de la technologie et plus précisément d’Internet sur les images d’enfants exploités sexuellement ne peuvent être exagérées. Elles sont particulièrement frappantes dans trois secteurs : la production, la distribution et la communauté. L’illusion de l’anonymat et l’accessibilité presque universelle d’Internet créent un cercle vicieux : l’établissement d’une communauté de personnes semblables qui échangent et « collectionnent » des images, le désir éventuel de ces personnes d’obtenir un plus grand nombre d’images plus choquantes et, finalement, la volonté des membres de produire des images plus violentes. Une fois terminé, le cercle recommence. Actuellement, on estime que 500 000 personnes participent activement au trafic d’images d’enfants exploités sexuellement sur Internet17.
Depuis la création d’Internet, le volume d’images d’enfants exploités sexuellement croît de façon exponentielle. Les photos et les vidéos s’échangent comme des cartes de baseball chaque minute de chaque jour et le volume considérable est stupéfiant. On estime à plus de 5 millions le nombre d’images d’enfants exploités sexuellement sur Internet18.
« …ils les échangent comme des cartes de hockey. Comme un mordu de sport essaie de collectionner toute une équipe, ils essaieront de collectionner les 20 images de cette jeune fille. On appelle ça une série. »
– Détective Paul Schambers de la Police provinciale de l’Ontario19
Le 12 mai 2003, Holly Jones, 10 ans, est enlevée alors qu’elle rentre chez elle après avoir été chez une amie. Quelques minutes avant de la faire entrer de force dans sa maison, de la violer et de la tuer, Michael Briere regardait des images d’enfants exploités sexuellement sur Internet.
Briere a plaidé coupable de meurtre au premier degré et purge actuellement une peine de prison à vie. À son audience de détermination de la peine, Briere a dit à la cour qu’il avait été excité après avoir regardé de la pornographie juvénile et que « regarder le matériel me motive à faire d’autres choses. Plus j’en regardais, plus j’en voulais… Je voulais réellement avoir des relations sexuelles avec un enfant. C’était une obsession »
20.
Toute personne qui regarde consciemment des images d’enfants exploités sexuellement et y accède pour sa satisfaction est un agresseur. Qu’il s’agisse de l’acte comme tel de dégrader l’enfant en regardant l’image, du marché à créneaux que les personnes les regardant créent pour les producteurs de ce matériel ou de l’agression infligée directement par les contrevenants, l’enfant est agressé dans chaque cas.
En général, la création et la distribution de la plupart des images ne sont pas effectuées à des fins commerciales. Certains agresseurs prennent des photos afin de les utiliser pour leur satisfaction sexuelle future. D’autres utilisent des images d’exploitation sexuelle pour préparer les enfants en vue d’une agression future ou pour forcer leurs jeunes victimes à garder le silence. Au cours des dernières années, un nombre croissant de contrevenants ont déclaré qu’ils étaient motivés à produire ces images odieuses pour accroître leur statut auprès d’autres agresseurs d’enfants sur Internet21.
Certains pourraient argumenter que les consommateurs ne « font que regarder les images ». Cependant, la recherche suggère que ce n’est pas aussi simple. Dans l’affaire R. c. Sharpe, la juge en chef McLachlin de la Cour suprême du Canada a affirmé que « le lien entre la production de pornographie juvénile et le tort fait aux enfants est très fort »
22. Selon Jonah Rimer, assistant de recherche au BOOST Child Abuse Prevention & Intervention Centre, plus de la moitié des contrevenants de pornographie juvénile agressent ou tentent d’agresser des enfants23.
Les contrevenants de pornographie juvénile ont en moyenne 20 victimes chacun, soit plus du double du nombre de victimes des contrevenants ayant commis des agressions avec attouchements24.
Michael Bourke et Andres Hernandez (Federal Bureau of Prisons) indiquent que le nombre pourrait même dépasser les 50 p. 100. Leur étude, qui a examiné des prisonniers purgeant une peine pour pornographie juvénile (contrairement aux infractions d’attouchements), a démontré que les contrevenants de pornographie juvénile avaient agressé des milliers d’enfants, dont aucun n’avaient signalé l’agression.
« L’augmentation alarmante (2 369 p. 100) du nombre d’infractions sexuelles avec contact reconnues par les participants en thérapie remet en question l’affirmation souvent répétée selon laquelle les contrevenants de pornographie juvénile sont seulement impliqués sur le plan des images. Il semble que ces contrevenants soient loin d’être des hommes innocents et curieux sexuellement qui, en raison de leur naïveté ou du hasard, se sont laissés entraîner dans le Web 25… »
L’étude a déterminé que moins de 2 p. 100 des sujets ayant entamé une thérapie, bien qu’ils n’aient pas commis d’agressions sexuelles connues, ne faisaient que « regarder des images ». Plutôt, 85 p. 100 des sujets de l’échantillon ont admis être des agresseurs d’enfants, ce qui remet en question, comme l’étude le démontre, l’utilité de faire une distinction entre les adeptes de pornographie juvénile et les agresseurs d’enfants ou même les pédophiles26.
Par ailleurs, une étude menée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto a comparé des hommes reconnus coupables d’agressions contre des enfants et d’autres reconnus coupables de possession de photos illégales. Les chercheurs ont découvert que les contrevenants qui avaient été reconnus coupables de possession de photos illégales étaient plus susceptibles de démontrer une attirance sexuelle à l’égard des enfants que les hommes qui avaient réellement agressé des enfants. Seto a écrit : « Nos résultats indiquent que l’infraction de pornographie juvénile est un indicateur de diagnostic valide de pédophilie... En fait, les contrevenants de pornographie juvénile, peu importe s’ils avaient des antécédents d’agressions sexuelles sur des enfants, étaient plus susceptibles de faire preuve d’un comportement pédophile qu’un groupe de contrevenants ayant commis divers crimes contre des enfants27. »
Finalement, les raisons de l’agression ne sont peut-être pas claires, mais certains suggèrent que le désir de regarder de nouvelles images peut « mener certains consommateurs à agresser leurs enfants ou ceux de voisins afin d’obtenir des images récentes à échanger ou à vendre »
28.
« Papa, ça fait mal. Ça fait si mal. »
– Bande audio d’une fille qui se fait violer par son père
« Je vois régulièrement des images de jeunes enfants qui ont été victimes d’agressions vaginales et anales graves, ont été ligotés et bâillonnés, attachés par le cou et parfois battus, ainsi que des clips vidéo de pénétrations brutales par voie orale, vaginale et anale29. »
– Dre Sharon Cooper, discours devant le Congrès des États-Unis en 2006
En plus de leur nombre croissant, les images d’enfants exploités sexuellement sont de plus en plus choquantes. Comme l’a expliqué l’inspectrice-détective de la Police provinciale de l’Ontario, Angie Howe, au Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles : « Les images sont de plus en plus violentes et les enfants dans les photos de plus en plus jeunes. Jusqu’à l’an dernier, nous ne voyions pas souvent d’images de bébés, mais maintenant il y en a dans plusieurs des collections que nous trouvons. Il y a même une série très recherchée sur Internet d’un nouveau-né se faisant violer. Le bébé est encore relié à son cordon ombilical; il est aussi jeune que cela30. »
On peut voir des exemples de cette violence partout au Canada. En Ontario, un père a plaidé coupable de possession et d’obtention d’images d’enfants exploités sexuellement, dont une vidéo de cinq minutes dans laquelle une fille nue de 9 ans se fait pénétrer par voie anale, vaginale et orale, et une autre dans laquelle un homme tente de pénétrer par voie anale et vaginale une fillette de 6 ans. La Police de Winnipeg a arrêté un Américain qui possédait des vidéos de filles âgées de 4 à 12 ans faisant une fellation à des hommes. Au Québec, la police provinciale a arrêté plusieurs hommes soupçonnés d’être impliqués dans un réseau international de pornographie juvénile qui opérait sur Internet. Les victimes de ce réseau comprenaient des enfants en âge de fréquenter l’école primaire et un bébé de quelques mois seulement39. Tristement, ces exemples ne sont même pas les pires du matériel disponible.