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Webinaire : Défendre les droits des victimes et éradiquer le racisme systémique

À propos du webinaire

Date : Le 9 juin 2021, 13 h à 15 h HNE

Le Bureau de l’ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels (BOFVAC) estime que le renforcement des droits des victimes est un moyen efficace de décoloniser le système judiciaire et de créer des processus juridiques justes et adaptés. Le racisme n’est pas une relique du passé, c’est une réalité omniprésente dans la société canadienne. Il est intégré dans les politiques publiques et ancré dans nos systèmes et institutions, comme le système de justice pénale qui reproduit l’inégalité raciale. Les incidents racistes sont des manifestations du racisme structurel et systémique, et non les actions de quelques « pommes pourries »; le résultat de traditions coloniales, génocidaires et patriarcales. Cela a conduit à la surreprésentation des personnes racisées dans notre système de justice pénale, à la fois comme victimes et comme délinquantes.

Malgré les preuves évidentes de préjugés raciaux dans le système de justice pénale, très peu de mesures ont été prises pour y remédier. Par exemple, la surveillance policière excessive des communautés racisées et à faible revenu renforce les préjugés qui mènent à la discrimination anti-Noire au sein de la police, et les disparités dans les tactiques policières, telles que le profilage racial et le fichage. En outre, le rapport final de 2019 de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a révélé que les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones sont excessivement surveillées et insuffisamment protégées en tant que groupe. Dans le cadre de ses travaux, le BOFVAC a également constaté un manque de données ventilées concernant les victimes racisées de crimes, y compris sur les interactions de la police avec les populations surreprésentées et ciblées.

Les victimes de la criminalité méritent d’être traitées équitablement, et leurs droits statutaires doivent être respectés. En renforçant les droits des victimes, nous pouvons contribuer à déraciner le racisme systémique et à obtenir un véritable changement. Dans ce cadre, les institutions de justice pénale doivent être tenues d’élaborer des règles, des réglementations et des mesures de responsabilisation applicables, faute de quoi la culture actuelle perdurera.

Les intervenants du BOFVAC discuteront d’expériences concrètes d’oppression et remettront en question les privilèges des Blancs afin de proposer des solutions et des actions visant à renforcer les droits des victimes, à accroître la responsabilité des institutions et à décoloniser le système de justice pénale. Parmi les autres sujets de discussion, citons la protection des victimes vulnérables, la redéfinition des services de police par le biais d’un retrait du financement et des tâches, les obstacles auxquels sont confrontées les personnes racisées, la sensibilisation aux droits légaux des citoyens et les mécanismes indépendants de plainte et de contrôle.

Notes biographiques

Heidi Illingworth
Ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels

Heidi Illingworth possède une vaste expérience dans le domaine des services aux victimes. Avant sa nomination à titre d’ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels, elle a passé 20 ans en prestation de services de première ligne pour les victimes d’actes criminels et de violence interpersonnelle. Elle a été directrice générale du Centre canadien de ressources pour les victimes d’actes criminels pendant plus de 11 ans et a également élaboré et enseigné des cours de victimologie postdoctorale au Collège Algonquin pendant 6 ans. Elle a été une ardente défenseure des victimes d’actes criminels et a créé plusieurs ressources pour aider à soutenir les fournisseurs de services aux victimes, ainsi que les victimes d’actes criminels et leurs familles.

Heidi Illingworth - photo

 

Dre Nadia Ferrara
Directrice exécutive du Bureau de l’ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels

Nadia Ferrara - photo

Dre Ferrara occupe actuellement le poste de directrice exécutive au Bureau de l’ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels du Ministère de la Justice. Avant de joindre ce Ministère, elle a travaillé pendant 2 ans comme liaison ministérielle avec Femmes et Égalité des genres Canada (FEGC). Elle a travaillé à Affaires autochtones et du Nord Canada pendant plus de 10 ans, où elle a élaboré des politiques et des cadres sociaux en collaboration avec des partenaires autochtones. Dre Ferrara demeure membre de la faculté de l’Université McGill où elle est professeure auxiliaire au Département d’anthropologie. Dre Ferrara y supervise également les étudiants de premier et deuxième cycle durant ses temps libres.

Avant d’intégrer l’administration fédérale en 2003, Nadia a travaillé pendant 16 ans comme art-thérapeute, spécialiste en psychothérapie transculturelle auprès des Autochtones du Québec et de l’Ontario. Elle détient plusieurs diplômes dont une maîtrise en art-thérapie, une maîtrise en science psychiatrique transculturelle, et un doctorat en anthropologie médicale.

Nadia a publié plusieurs articles scientifiques et chapitres dans divers ouvrages en Amérique du Nord et en Europe. En outre, elle a publié deux livres au sujet de son travail auprès de la communauté crie du nord du Québec. Le premier livre est intitulé : « Emotional Expression among Cree Indians », et le second : « Healing through Art ». Plus récemment, elle a publié « Reconciling and Rehumanizing Indigenous-Settler Relations », qui est une réflexion sur son travail en tant qu’anthropologue et championne des peuples autochtones. Sa dernière publication s’intitule, « In Pursuit of Impact : Trauma and Resilience Informed Policy Development ».

 

 

Jade Tootoosis

Jade Tootoosis est une Nehiyaw Iskwew, membre de la Première Nation Crie Red Pheasant du territoire visé par le Traité no 6 et membre de la Rocky Boy Chippewa Cree Nation au Montana. Sœur du défunt Colten Boushie, Jade est devenue l’une des porte-parole des membres de sa famille dans leur quête internationale de justice pour leur parent. Le mot-clic #JusticeForColten a suscité un mouvement et un appel à l’action en faveur d’un changement dans le système de « justice » au Canada. Sa famille soutient qu’aucune autre famille autochtone ne devrait subir une perte ou endurer les injustices ou le racisme systémique qu’elle a connus. Jade a consacré ses actions et ses paroles à ce mouvement alors qu’elle continue à militer pour la justice en faveur des peuples autochtones du Canada.

Vous pourrez en apprendre davantage sur l’expérience vécue par sa famille ainsi que sur sa quête en visionnant le documentaire primé : “nîpawistamâsowin: We Will Stand Up”

Jade Tootoosis - photo

 

Myrna McCallum

Myrna McCallum - photo

Myrna McCallum est une avocate autochtone et l'animatrice du balado « The Trauma-Informed Lawyer ». Au moyen de discours, de séances de formation et de séances de coaching personnalisées, elle fait de l’éducation au sujet d’une pratique du droit qui tienne compte des traumatismes, mais aussi sur les traumatismes indirects, l'humilité culturelle et les traumatismes intergénérationnels autochtones. Avant de fonder l’organisme Miyo Pimatisiwin Legal Services, en 2019, Myrna avait été adjudicatrice dans le cadre du processus de règlement des réclamations lié à la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens et procureure de la Couronne auprès du ministère du Procureur général de la Saskatchewan. Quand elle n’est pas occupée à discuter sur FaceTime avec ses trois petits-enfants, à faire de la sensibilisation ou à enregistrer des balados, Myrna agit comme conseillère, mène des activités de défense des droits ou réalise des enquêtes et des examens sur le lieu de travail. En 2020, le ministère de la Justice du Canada lui a décerné son tout premier Prix d'excellence pour les juristes en soutien aux victimes.

 

Dre Annette Bailey

Dre Annette Bailey est professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières Daphne Cockwell de l’Université Ryerson. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences de la santé publique. Ses recherches portent principalement sur la prévention de la violence armée et les survivants. La plupart de ses travaux ont mis en lumière une injustice raciale profondément ancrée et inhérente à l’expérience des victimes/survivants Noirs face aux pertes causées par la violence armée et à leur accès aux mesures de soutien. Dre Bailey a collaboré avec des chercheurs et des défenseurs des survivants dans plusieurs pays afin d’établir des recommandations en matière de politique publique pour les survivants de la violence armée. Elle a communiqué ces recommandations en matière de politiques aux députés de la Chambre des communes. Dre Bailey continue d’appuyer des programmes communautaires qui viennent en aide aux victimes et aux survivants de la violence armée. Elle est fréquemment sollicitée en vue de soutenir des initiatives de prévention de la violence à l’échelle municipale, nationale et internationale.

Annette Bailey - photo

 

Fo Niemi

Fo Niemi - photo

Fo Niemi est le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR). Au fil des ans, il a occupé plusieurs postes à temps partiel, dont celui de Président du Comité d’examen des plaintes de la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal et de commissaire à la Commission des droits de la personne du Québec. ll a aussi siégé à titre de membre bénévole d’un comité aviseur de liaison multiculturelle de l'Association canadienne des Chefs de police; du comité sur l’égalité dans l’emploi du Conseil du trésor du Québec; du conseil d’administration de la Fondation canadienne des relations raciales; du Conseil canadien des normes de radiodiffusion et du Groupe de travail du Gouvernement du Québec sur le profilage racial. Il a reçu, entre autres, le Prix de la justice du Québec et le Prix des droits de la personne de la Société Lord Redding. Il a aussi participé à trois missions gouvernementales sur les questions des droits des minorités aux États-Unis et en Europe.

 

Résumé de l'événement

Dre Nadia Ferrara, directrice exécutive, Bureau de l’ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels

En tant que modératrice du webinaire, Dre Ferrara a prononcé le mot d’ouverture et a guidé la discussion avec les conférenciers. La séance s’est terminée par un mot de clôture.

L’aînée Claudette Commanda

L’aînée Claudette Commanda a prononcé une prière pour ouvrir la séance et a fait observer un moment de silence pour les 215 enfants autochtones dont les restes ont été retrouvés sur l’ancien site du pensionnat de Kamloops.

Heidi Illingworth, ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels

L’ombudsman a présenté un aperçu du travail du BOFVAC et du Rapport d’étape : La Charte canadienne des droits des victimes de novembre 2020. Elle a souligné l’importance de reconnaître la présence du racisme systémique et des préjugés raciaux au sein de notre système de justice pénale, notamment du point de vue des colons blancs en position de privilège. Elle a rappelé les profondes répercussions du racisme et des préjugés systémiques sur les Autochtones, les Noirs, les personnes racialisées et les autres personnes marginalisées, et a fait remarquer que la création de mécanismes de responsabilisation pour renforcer la Charte canadienne des droits des victimes constituait une étape importante dans la protection des victimes de crimes marginalisées et racialisées. Elle a invité les dirigeants à suivre l’exemple des personnes les plus touchées par la violence et l’injustice et à réfléchir aux moyens d’étendre leur pouvoir ou de le modifier afin d’aider les personnes opprimées.

Jade Tootoosis, Nehiyaw Iskwew, défenseure de la justice autochtone

Mme Tootoosis a raconté l’expérience vécue par sa famille dans le système de justice pénale après le meurtre de son frère, Colten (ou Coco, comme elle l’appelait). Elle appelle le système de justice canadien le « système juridique canadien », car la justice échappe à de nombreux Autochtones victimes de crimes. Mme Tootoosis a évoqué le fait que les victimes autochtones sont souvent traitées comme des délinquants et qu’à chacune des étapes de leur expérience dans le système judiciaire, soit de la rencontre avec les services de police à la comparution devant les tribunaux, elles se heurtent à la suspicion, à l’intimidation, à l’ignorance et à l’exclusion. Elle a indiqué que la GRC n’a toujours pas été tenue responsable des décisions prises à la suite du meurtre de son frère commis par l’agriculteur Gerald Stanley. Lorsqu’on lui a demandé ce qui aurait pu améliorer l’expérience vécue par sa famille, elle a souligné le respect de la part des représentants officiels de la justice pénale, y compris les services de police et la Couronne, ainsi que la communication, la coopération et l’inclusion, dont le manque n’a fait qu’exacerber leur peine. Elle a également signalé l’absence de services et d’aides aux victimes autochtones, dont l’importance est cruciale pour aider les familles autochtones à faire leur deuil. Enfin, Mme Tootoosis a fait remarquer que les systèmes juridiques canadiens reposent sur le colonialisme et donc, qu’ils le soutiennent. Les systèmes de justice autochtones devraient être revitalisés afin de favoriser la décolonisation et d’améliorer la santé et le bien-être des communautés autochtones.

Myrna McCallum, avocate autochtone et animatrice du balado « The Trauma-Informed Lawyer »

Mme McCallum a parlé de sa propre expérience des préjugés, du racisme et des traumatismes en tant que femme autochtone travaillant dans le système de justice pénale. Elle a expliqué qu’en tant qu’avocate autochtone, il n’est pas rare qu’on la confonde avec l’accusé lorsqu’elle entre dans la salle d’audience, ce qui illustre bien l’existence de préjugés inconscients. Mme McCallum a exposé le concept d’humilité culturelle, qui a été élaboré par deux médecins Noirs de la région de Los Angeles après qu’ils ont été témoins de l’attaque de Rodney King par le service de police local. L’humilité culturelle est un cadre basé sur les relations qui vise à aborder et à favoriser l’équité dans les espaces où, jusqu’à présent, les inégalités et les privilèges étaient monnaie courante, comme dans le système de justice pénale. L’humilité culturelle invite les gens à considérer les autres comme des experts de leurs propres expériences vécues, modifiant ainsi la dynamique des relations pour chasser l’ego et privilégier l’humilité. Ce concept rappelle que nous sommes plus semblables que différents. Mme McCallum a également parlé de l’exercice du droit tenant compte des traumatismes, qui demande aux avocats de faire preuve d’introspection et de comprendre comment le traumatisme qu’ils portent peut se perpétuer dans leur façon d’interagir avec les autres, y compris les réactions négatives aux survivants en colère. Pour ce qui est de la décolonisation, Mme McCallum a parlé du déséquilibre des pouvoirs entre les victimes et les membres du système de justice, en particulier dans le cas des victimes autochtones, à qui on a imposé ce système. Ainsi, la conception canadienne de la justice ne représente pas les relations ni les valeurs autochtones. Mme McCallum a affirmé que les services d’aide aux victimes autochtones peuvent être utiles, notamment le rôle des aînés qui comprennent l’importance de nouer des relations et apportent guérison et sagesse dans le contexte juridique. On devrait les reconnaître comme des sources de soutien aux victimes autochtones et les indemniser. Elle a demandé que les visions du monde, les lois ancestrales et les cérémonies autochtones soient davantage respectées, ce qui pourrait mener à l’établissement de relations et à une empathie systémique pour tous.

Dre Annette Bailey, Ph. D., professeure agrégée, Daphne Cockwell School of Nursing, Université Ryerson

Dre Bailey a abordé le fait que les jeunes hommes Noirs portent un fardeau démesuré en tant que témoins, victimes et survivants de violence armée, en plus du fardeau du deuil et du traumatisme réprimés. Elle a brièvement présenté ses travaux de recherches auprès de jeunes Noirs ayant survécu à la violence armée à Toronto, qui ont révélé que les suspensions scolaires excessives, le maintien de l’ordre à outrance et l’exposition à la violence communautaire, parmi d’autres problèmes systémiques, ouvrent la voie à la violence armée et entraînent une succession de deuils. Dre Bailey a également parlé des préjugés auxquels se heurtent les mères Noires. On leur refuse souvent l’accès aux services aux victimes, à l’indemnisation, à d’autres formes de soutien ou à l’empathie sociale en général, et ce, en raison de l’impératif culturel selon lequel les mères Noires sont fortes, et de la notion de victime digne, que l’on considère rarement pour les mères Noires. Dre Bailey a expliqué qu’au contraire, le stéréotype de la « mauvaise victime » (les victimes qui sont « connues de la police ») est souvent attribué aux mères Noires qui ont perdu un enfant à cause de la violence armée, et a ajouté que les décisions du personnel des services aux victimes reposent parfois sur cette notion de bonne ou de mauvaise victime. En fait, elle a fait remarquer que la race est en train de devenir un puissant indicateur de l’accès aux services aux victimes. Elle a également indiqué que le retrait du financement ou des tâches des services de police n’est ni une bonne ni une mauvaise chose, mais qu’il s’agit plutôt de savoir si cette démarche améliorerait le sort des jeunes Noirs. Bon nombre d’hommes Noirs sont morts ou souffrent de traumatismes suite à des interventions policières, tandis que les jeunes Noirs purgent des peines prolongées pour des délits mineurs, ce qui aura des répercussions sur leur vie, leur famille, leurs perspectives d’emploi et leur éducation. Les mesures draconiennes et répressives ne permettent pas de régler les problèmes structurels ou systémiques qui nuisent à la vie des jeunes et qui, comme nous l’avons vu plus haut, ouvrent la voie à la violence. Il faut recourir à des stratégies préventives afin de contribuer au démantèlement des structures racistes et d’assurer la sécurité et le développement social des jeunes Noirs. Dre Bailey a déclaré que la violence policière envers les Noirs ne cessera jamais si la police continue d’opprimer sans conséquence. Enfin, elle a souligné l’importance de mener une analyse d’intersectionnalité fondée sur la race pour revoir les politiques, les décisions et l’importance de la formation requise pour les représentants en matière d’humilité culturelle et de préjugés inconscients. Elle a également demandé que les victimes reçoivent des soins et un soutien adaptés à leur culture et tenant compte des traumatismes afin de les aider à guérir.

Fo Niemi, cofondateur et directeur exécutif du Centre de recherche-action sur les relations raciales

M. Niemi a souligné le fait que la violence à caractère raciste, les crimes haineux et la violence homophobe ont fait un retour en force. Il a précisé qu’un changement systémique est nécessaire pour rendre le système juridique plus accessible aux victimes marginalisées, qui font habituellement face à divers obstacles liés au sexe, à la race, à la classe sociale et aux capacités lorsqu’elles tentent de naviguer dans ce système complexe. M. Niemi a également déclaré que le système juridique doit respecter les droits de la personne pour répondre aux besoins des victimes en tenant compte de l’équité et de l’égalité. Il a repris les déclarations des autres conférenciers selon lesquelles, trop souvent, les victimes d’actes criminels sont traitées comme des spectateurs dénués de droits ayant peu d’influence sur leur cause. En effet, la conception canadienne – ou occidentale – de la justice oppose l’État à l’accusé. M. Niemi a également souligné le manque de reconnaissance de l’intersectionnalité dans le système de justice pénale, plus particulièrement le fait qu’un grand nombre de femmes et d’enfants racialisés, autochtones, à faible revenu ou handicapés sont souvent laissés pour compte lorsqu’il est question d’accès à la justice, d’équité ainsi que de protection et de soutien efficaces. Il a également évoqué les difficultés liées à l’utilisation d’approches tenant compte des traumatismes au sein du système judiciaire, étant donné que de nombreux avocats et juges n’ont pas de formation ni d’expérience en travail social. Le rapport humain et la dignité sont donc difficiles à établir et trop souvent, l’humanité et la dignité se perdent dans la bureaucratie. Il a demandé que les processus civils, pénaux et administratifs prennent en compte les personnes qu’ils sont censés aider, à savoir les victimes.

 

Transcription

Dre Nadia Ferrara :

Je suis Nadia Ferrara, directrice exécutive du BOFVAC, et votre modératrice aujourd’hui. J’utilise les pronoms She/Her/Elle. Bienvenue à tous à notre webinaire « Défendre les droits des victimes et éradiquer le racisme systémique ». J’aimerais souligner qu’au Canada, nous vivons, apprenons, et travaillons sur les territoires autochtones traditionnels.

Au BOFVAC, nous rendons hommage aux ancêtres des Premières Nations, des Métis et des Inuits, et nous confirmons notre engagement à entretenir des relations respectueuses les uns avec les autres et avec cette terre. Je travaille et vis en territoire algonquin non cédé. Je reconnais que je me dois de respecter, honorer et préserver ces terres, et de m’efforcer de lutter contre le colonialisme, le racisme et l’oppression historiques et incessants envers les peuples autochtones, tout en saluant la résilience des populations noires, autochtones et de couleur et leur résistance face à l’oppression.

J’aimerais maintenant présenter l’aînée Claudette Commanda. L’Aînée Claudette Commanda, une Algonquine Anishinabe de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg, a consacré sa carrière à la promotion des droits, de l’histoire et de la culture des Premières Nations. L’Aînée Commanda est une ancienne étudiante de l’Université d’Ottawa, qui est diplômée de la Faculté des arts (1993) et de la Faculté de droit – Section de common law (1997). Claudette a été intronisée en tant que membre de la Société honorifique de common law en 2009. L’Aînée Commanda, qui est un mentor dévoué et inspirant, a enseigné à l’Université d’Ottawa, plus précisément à l’Institut d’études des femmes et aux facultés d’Éducation et de Droit, ainsi que dans le programme d’études autochtones, où elle donne des cours portant sur les femmes des Premières Nations, l’éducation autochtone, les peuples et l’histoire des Premières Nations, les traditions autochtones et la décolonisation.

J’aimerais vous présenter cette offrande de tabac, Aînée Claudette, et vous prier d’ouvrir notre webinaire par vos propos empreints d’expérience et de sagesse.

Aînée Claudette Commanda:

Merci, Nadia. Je vous remercie pour le respect que vous manifestez à l’endroit du peuple algonquin et des peuples autochtones. Je vous remercie également pour le respect que vous manifestez à l’endroit du protocole d’utilisation du tabac sacré. Il vous gardera en sécurité, proche de votre cœur, que vous offrirez à la Terre Mère. Le tabac contiendra l’essence de nos prières qui seront formulées ici aujourd’hui. Le tabac, ce médicament, contiendra la force, le courage, la gentillesse et l’amour que nous sommes prêts à partager ici aujourd’hui. Ce médicament contiendra la vérité. La vérité qui sera dite ici aujourd’hui, et le Créateur, accueilleront cette prière, contenue dans ce tabac, ce premier don que le Créateur a fait à notre peuple. Quand vient le temps de lui dire nos prières et de lui demander de l’aide, le tabac contient le caractère sacré du Créateur. Il contient le caractère sacré de notre mère la terre, et il contient le caractère sacré de nos prières.

Bonjour tout le monde, bienvenue ici au territoire ancestral de la nation Algonquin. 

Je vous souhaite à tous et à chacun la bienvenue sur votre terre ancestrale. Cette terre ancestrale cédée de la nation algonquine que le Créateur nous a confiée en toute confiance depuis des temps immémoriaux, cette terre ancestrale dont nous devons assurer la pérennité ici pour nos enfants, nos descendants, pour l’éternité. Je reconnais les premiers ancêtres de cette terre. Je rends hommage à mes ancêtres. Je salue les perspectives d’autres Premières Nations et peuples autochtones d’un océan à l’autre de ce pays qu’on appelle le Canada. Je reconnais les ancêtres de tous les peuples autochtones. Je salue tous vos ancêtres et nous tous qui sommes réunis ici aujourd’hui. Il est important de reconnaître l’importance particulière de nos ancêtres. Ce sont nos ancêtres. Ils continuent de veiller sur nous et de nous aimer. Nos ancêtres continuent de nous guider, et nous devons les écouter comme nous devons accueillir la responsabilité que le Créateur nous a confiée, à savoir que le travail que nous faisons est toujours pour les enfants. Avant de prendre un temps de prière, insufflons tous nos esprits, nos cœurs et notre amour dans ce moment de silence à la mémoire des 215 enfants dont les restes ont été retrouvés dans le lieu de sépulture anonyme de Kamloops, en Colombie-Britannique. Montrons-leur que nous les aimons. Inclinons-nous ensemble en toute humilité, en tout respect et tout amour dans ce moment de silence pour les enfants.

Créateur, vous connaissez ces enfants par leur nom, vous les connaissez par leur nom d’origine et, Créateur, nous vous demandons de prendre tout notre amour déposé ici aujourd’hui pour le donner à ces enfants, de les embrasser et de leur laisser savoir que nous les aimons, que nous les honorons et que nous nous souviendrons toujours d’eux. Nous vous remercions d’avoir écouté notre prière pour les enfants. Nous nous réunissons comme frères et sœurs et donnons le coup d’envoi à ce webinaire. À l’occasion de cette assemblée publique sur la défense des droits des victimes et l’éradication du racisme systémique, nous nous réunissons comme un même esprit et un même cœur nourrissant une même détermination. Nous le faisons pour montrer qu’il n’y a pas de place dans nos cœurs, pas de place dans nos sociétés et pas de place dans ce pays pour la haine. Il n’y a de la place que pour l’amour, une détermination, parce que nous sommes tous ensemble frères et sœurs. Je vous demande de donner vos paroles de prière de la façon dont vous vous sentez à l’aise selon vos croyances, mais unissons-nous avec amour et bonté pour remercier notre Créateur. Merci, Créateur, pour tout ce que vous avez donné. Unissons nos esprits et nos cœurs pour reconnaître la première mère de tous, celle qui nous bénit chaque jour de toutes nos créations. Merci à notre mère la Terre. Unissons notre esprit et notre amour, en remerciant ce premier grand-père de réchauffer notre journée. Chaque matin, il nous bénit de son souffle, merci à notre grand-père le soleil. Unissons-nous pour rendre hommage à notre première grand-mère et pour la remercier de sa lumière nocturne qui nous éclaire et nous protège chaque soir. Elle qui fournit cette lumière à nos sœurs, les étoiles, pour réfléchir si brillamment leur bonté et leur amour sur nous. Nous vous remercions, notre grand-mère la Lune. Comme nous avons rendu grâce à notre mère la Terre. Créateur, nous vous demandons d’envoyer les grands-mères, les grands-pères et tous les aidants spirituels bénir ce rassemblement pour le garder en sécurité, et nous remercions ces grands-mères et ces grands-pères de leur amour et de leur gentillesse. Créateur, voilà ma prière pour tout ce qui est ici, tout ce qui se dira. Nous savons que les discussions seront passionnées. Et nous devons écouter avec compassion. Créateur, nous avons la volonté d’unir nos esprits et nos cœurs, de nous montrer à la hauteur de ce don sacré de votre part, l’amour, l’amour permettant de comprendre, l’amour permettant de ressentir, l’amour permettant de connaître la vérité et l’amour permettant d’apporter un changement positif. Créateur, nous vous remercions d’avoir écouté notre prière. 

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Claudette, de vos propos inspirants.

À la fin de novembre 2020, nous avons publié le Rapport d’étape : La Charte canadienne des droits des victimes, qui en appelait à la révision et au renforcement de cette loi. Nous avons demandé aux participants et aux participantes de suggérer des thèmes aux fins des futurs webinaires, et le racisme systémique a été l’un d’eux. Le webinaire d’aujourd’hui est donc une discussion de groupe portant sur la Charte canadienne des droits des victimes, et sur son défaut d’habiliter les victimes, parce qu’elle n’oblige pas les institutions de justice pénale à défendre les droits dans le cadre de la législation. Cela a des répercussions particulièrement néfastes sur les victimes d’actes criminels qui sont racialisées et marginalisées. Je suis heureuse d’accueillir un groupe de spécialistes avec nous aujourd’hui.

J’ai l’honneur de vous présenter nos panélistes.

  

Mme Annette Bailey (Ph.D.) est professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières Daphne Cockwell de l’Université Ryerson. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences de la santé publique. Ses recherches portent principalement sur la prévention de la violence armée et les survivants. La plupart de ses travaux ont mis en lumière une injustice raciale profondément ancrée et inhérente à l’expérience des victimes et/ou survivants Noirs face aux pertes causées par la violence armée et à leur accès aux mesures de soutien.

Jade Brown Tootoosis est une Nehiyaw Iskwew (ne-hee-ho skweo), membre de la Première Nation Crie Red Pheasant du territoire visé par le Traité no 6 et membre de la Première Nation Crie Rocky Boy Chippewa au Montana. Sœur du défunt Colten Boushie, Jade est devenue l’une des porte‑parole des membres de sa famille dans leur quête internationale de justice pour Colten. Le mot-clic #JusticeForColten est devenu un mouvement, un appel à l’action et au changement dans le système de « justice » canadien, afin qu’aucune autre famille autochtone ne puisse subir une telle perte, supporter des injustices et faire l’expérience du racisme systémique, comme ce fut le cas de la famille de Colten Boushie.

Myrna McCallum est une avocate autochtone et l’animatrice du balado intitulé « The Trauma-Informed Lawyer » (« L’avocate qui tient compte des traumatismes »). Myrna renseigne les gens sur la pratique du droit tenant compte des traumatismes, le traumatisme indirect, l’humilité culturelle et le traumatisme intergénérationnel chez les Autochtones. Avant de fonder Miyo Pimatisiwin (meeyo peemaatisswen) Legal Services, en 2019, Myrna a agi comme adjudicatrice dans le cadre du processus de règlement visant les pensionnats indiens, puis comme procureure de la Couronne auprès du ministère du Procureur général de la Saskatchewan.

Fo Neimi est cofondateur et directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), un petit organisme de promotion des droits civils sans but lucratif basé à Montréal. Fo a occupé de nombreux postes à temps partiel au cours des deux dernières décennies, notamment ceux de président du Comité d’examen des plaintes de la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (1987-1990) et de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (1991-2003). Pendant son mandat à la Commission des droits de la personne, en 1993, Fo a présidé les audiences publiques de la Commission portant sur la discrimination et la violence envers les gais et les lesbiennes.

Aujourd’hui, nous aimerions aussi entendre ce que vous avez tous et toutes à dire. Vous pouvez poser des questions à l’aide de la fonction de chat. N’hésitez pas à partager dans le chat vos commentaires et suggestions de thèmes à discuter lors des prochains webinaires.

Nous reconnaissons que le sujet traité aujourd’hui est très sérieux. Le racisme est présent au sein de nos institutions telles que le système de justice pénale, et il fait partie intégrante de la politique publique. Les incidents racistes sont des manifestations du racisme systémique et structurel, non pas les actes de quelques « éléments indésirables », mais le résultat des traditions coloniales, génocidaires et patriarcales. Si vous vous sentez dépassé par la discussion d’aujourd’hui, nous partageons des lignes de crise avec lesquelles vous pouvez communiquer pour obtenir de l’aide.

Pour situer la discussion d’aujourd’hui dans le cadre des travaux que nous effectuons au Bureau de l’Ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels, j’aimerais maintenant présenter ma distinguée collègue, Heidi Illingworth, l’ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels. Je vous cède la parole, Heidi.

Heidi Illingworth, Ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels :

Merci beaucoup, Nadia. Bon après-midi. Je m’appelle Heidi Illingworth et je suis l’Ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels. J’utilise les pronoms she/her/elle. Je tiens à vous remercier, aînée Claudette, pour vos sages paroles et pour avoir donné le coup d’envoi à notre réunion. Je sais que ce sont des enjeux importants pour vous personnellement, et je vous remercie d’être présente avec nous aujourd’hui. Je me joins à vous depuis ma maison au sud d’Ottawa, sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin. Pour commencer, je tiens à reconnaître la position privilégiée que j’ai, en tant que membre d’une nation colonisatrice, dans mon rôle d’ombudsman. J’aimerais vous souhaiter la bienvenue dans cet espace virtuel et vous remercier tous d’être avec nous aujourd’hui alors que nous poursuivons la conversation sur notre rapport d’étape sur la Charte canadienne des droits des victimes. Je suis très heureuse de partager cet espace aujourd’hui avec nos estimés panélistes : Jade, Myrna, Annette, et Fo. Je vous remercie sincèrement d’avoir prêté vos connaissances et votre expertise à ce panel.

Très brièvement, je vais expliquer ce que mon bureau est mandaté de faire. Le Bureau de l’ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels (BOFVAC) a deux fonctions principales : notre service de première ligne consiste à aider les victimes en examinant leurs plaintes liées aux politiques, aux programmes et aux services d’aide aux victimes d’actes criminels du gouvernement fédéral. En deuxième lieu, nous formulons des recommandations et fournissons des conseils au gouvernement fédéral sur la façon de rédiger ses lois, ses politiques et ses programmes de manière plus équitable et afin de mieux répondre aux besoins des victimes. Ces recommandations sont fondées sur ce que nous avons entendu dans le cadre de notre collaboration directe avec les victimes, les services d’aide aux victimes et les nombreux autres intervenants qui ont un lien direct avec le système de justice pénale.

Le 25 novembre 2020, mon bureau a lancé le rapport d’étape sur la Charte canadienne des droits des victimes, qui est un exemple du travail fondé sur des données probantes que nous nous efforçons de faire. Dans le rapport d’étape, nous présentons un examen et une analyse approfondis du traitement des victimes dans notre système de justice pénale au cours des cinq premières années qui ont suivi l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits des victimes. Nous avons constaté qu’il subsiste un certain nombre de lacunes et de difficultés fondamentales pour les victimes et les survivants de crimes que la Charte n’aborde pas.

Le webinaire d’aujourd’hui est le troisième d’une série de webinaires qui font suite à notre rapport d’étape. Notre panel est avec nous aujourd’hui pour discuter de l’un des problèmes les plus répandus dans notre système de justice pénale : le racisme systémique et les préjugés raciaux. Ces préjugés se ressentent profondément sur la vie des personnes qui doivent composer avec la discrimination, le racisme et l’oppression. La vie de beaucoup d’entre elles a changé à jamais en raison de la violence, des abus et des traumatismes qu’elles ont subis, et ces expériences sont encore aggravées par les rapports racistes et discriminatoires qu’ils ont avec les fonctionnaires qui leur répondent. Les communautés racisées et à faible revenu, y compris les peuples autochtones, les Noirs et les personnes racisées et les personnes 2SLGBTQQIA+, sont à la fois trop visées par les corps policiers et surreprésentées dans notre système de justice pénale. C’est une situation à l’origine d’un cycle qui renforce les préjugés qui perpétuent la discrimination à leur égard. Nous avons constaté des manifestations de cette situation sous forme de réponses disproportionnées de la part de la police et d’autres acteurs du système de justice pénale (stéréotypes, profilage racial, fichage, agressions excessives, refus de croire les victimes ou traitement suspect ou criminel) lorsqu’elles viennent signaler leur victimisation. Les survivants doivent faire face à ces effets disproportionnés sans que le système de justice pénale ne puisse être jugé imputable de ces actes. Dans notre rapport d’étape, nous avons constaté un manque de données sur les victimes racisées d’actes criminels, y compris les interactions de la police avec les populations surreprésentées et ciblées. Toutes les victimes et tous les survivants de violences et d’abus méritent d’être crus lorsqu’ils parlent et d’être traités équitablement, avec leurs droits respectés. Mais si les agences et les fonctionnaires de la justice pénale ne sont pas tenus de rendre compte publiquement de la manière dont les droits des victimes sont respectés, nous ne pouvons pas tenir les fonctionnaires responsables de leur traitement à l’égard des victimes d’actes criminels, et plus particulièrement à l’égard des membres des groupes racisés et marginalisés. Les institutions de justice pénale doivent être tenues d’élaborer des règles, des règlements et des mesures de responsabilisation qui ont force exécutoire, faute de quoi la situation actuelle perdurera, une situation où les victimes de la violence peuvent être ignorées, méprisées et rejetées. À mon avis, nous devons améliorer la Charte pour renforcer les droits des victimes au Canada, ce qui contribuera à faire disparaître le racisme systémique et à réaliser un changement de fond en comble. Les victimes d’actes criminels doivent avoir la certitude que le système de justice pénale les protégera dans leur quête de justice. Elles ne doivent pas avoir peur de signaler un crime parce que le système les opprime et les victimise davantage. Je peux vous dire que mon bureau parle chaque jour à des survivants qui signalent que leurs droits sont ignorés ou rejetés par les fonctionnaires.

Aujourd’hui, nos panélistes vont nous parler de ces expériences d’oppression. Nous discuterons des solutions pour renforcer les droits des victimes et mieux responsabiliser nos institutions et des actions que nous pouvons entreprendre pour décoloniser le système de justice pénale. Nous discuterons de la protection des victimes vulnérables, de façons de repenser le maintien de l’ordre et de l’amélioration des réponses du système juridique et judiciaire à la criminalité et à la victimisation. Je reconnais que la discussion d’ouverture frappe un certain mur. De nombreuses personnes en position de pouvoir se sentent mal à l’aise; cependant, il est temps de reconnaître que le système de justice colonial crée des préjudices supplémentaires, en particulier pour les personnes racisées et marginalisées et pour les victimes d’actes criminels en particulier. Nous devons tous réfléchir aux actions que nous pouvons entreprendre et aux solutions que nous pouvons proposer pour changer la façon dont le système de justice pénale répond à la violence, aux traumatismes et aux abus afin que ce ne soit pas une expérience déresponsabilisante pour les survivants ou une expérience qui perpétue les abus. Nous avons une discussion très intéressante et importante à venir cet après-midi, et je voudrais vous dire merci, thank you, miigwetch encore une fois d’être ici pour prendre part à cette discussion avec nous. Sur ce, je donne la parole à nos panélistes. À vous, Nadia.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Heidi. À présent, le moment est venu d’entendre nos panélistes. Jade, depuis le 9 août 2016, votre famille et vous avez survécu à l’une des expériences les plus traumatisantes qu’une personne puisse traverser. Pourriez vous nous faire part de votre expérience du système de justice pénale dans votre quête de justice à la suite du meurtre de votre frère, Colten Boushie?

Jade Tootoosis :

Je vous remercie de cette question, Nadia, et j’aimerais commencer par dire Miigwetch à Claudette pour la prière et les paroles prononcées au début. Elles sont empreintes de reconnaissance, ramènent à l’essentiel et donnent la force de prendre la parole aujourd’hui. J’ai dû m’adresser à mon frère avant de parler de ce qui lui était arrivé et de ce qui nous était arrivé, pour honorer son esprit et l’inviter à notre écoute. Feu mon frère Colton Boushie. En grandissant, je l’ai connu sous le nom de Coco. C’est le surnom de famille que nous avions pour lui, et c’est quelque chose, vous savez, quand je parle de lui, c’est de lui dont je parle, mon frère Coco. Il était, euh, c’était un jeune homme, un couvreur, quelqu’un qui aimait travailler avec ses mains et qui n’avait pas peur de se salir et de faire le dur travail. Il était aussi un aidant, ma kokum, s’occupait d’elle, s’assurait qu’elle était bien, lui apportait de l’eau potable. Il était aussi ce que nous appelons le partenaire de notre défunt papa. Il était certainement l’un des favoris de notre Mooshum et nous somme réconfortés de savoir que, où qu’il soit dans le monde des esprits, il est assis à côté de son partenaire en ce moment même et continue de veiller sur nous. Et il était aussi un gardien du feu dans notre communauté, quelqu’un sur qui l’on pouvait compter pour venir et garder le feu allumé pendant des cérémonies spécifiques. Voilà un peu à propos de mon défunt frère, de la personne extraordinaire qu’il était et qui nous manque. Il nous manque tous les jours. Et pour en revenir à notre expérience avec les systèmes juridiques canadiens, je ne l’appelle pas le système de justice canadien parce que ce n’est pas ce qu’il est pour ma famille. Il s’agit pour nous du système juridique canadien, et chaque fois que je pense par où je dois commencer, vous savez, est-ce que je commence au tout début, par les interactions le soir, et la façon dont la GRC, vous savez, a traité ces cinq jeunes. C’est mon frère qui a finalement été enlevé et assassiné ce soir-là, mais nous oublions qu’il y avait quatre autres jeunes Autochtones dans ce véhicule, qui ont aussi été la cible de tirs, poursuivis, agressés, arrêtés, interrogés, vous savez, traités comme si c’était eux qui avaient commis le tort comme si c’était eux qui avaient pris une vie. Et c’est aussi très évident, ainsi que dans le communiqué de presse de la GRC, qu’au début, qu’ils enquêtaient spécifiquement sur un crime contre les biens, par opposition à une toute petite note faisant état d’une enquête sur un meurtre. Cela a préparé le terrain à tout ce qui a suivi, vous savez, après que la GRC a entouré la remorque de ma tante avec une équipe d’intervention. Quand ils l’ont informée que mon frère était décédé. Puis ils ont complètement saccagé sa caravane, réveillé deux de mes neveux qui dormaient dans la chambre arrière, les ont fait sortir, vous savez, ont senti son souffle alors qu’elle était littéralement en état de choc et lui ont demandé de reprendre ses esprits, alors qu’elle était en deuil et sous le choc à la nouvelle du décès de mon frère. Et c’est exactement comme ça qu’ils ont traité ma famille en les informant que notre être cher était décédé, alors même que nous étions assis là à demander ce qui se passait. Où est-il vraiment? Est-ce vraiment lui? Mon, mon défunt frère est allongé dans une cour de gravier sous la pluie. Nous apprenons plus tard que la preuve qui aurait été disponible a été lavée par la pluie. Et comme nous le voyons dans le document de la commission civile d’examen et de traitement des plaintes qui a été publié récemment, qu’alors que l’on semble pointer du doigt, personne ne veut assumer la responsabilité de ce qui s’est exactement passé ce soir-là, qui a pris la décision de faire certaines choses, et qui a pris la décision de ne pas faire certaines choses. Et la situation s’est poursuivie, à mesure que nous progressions dans tout le processus de l’enquête sur le cautionnement. Vous savez que des Autochtones se sont réunis massivement à l’enquête sur le cautionnement. Ils ont aussi ressenti la perte de mon défunt frère, eux aussi, alors que nous nous réunissions dehors avec nos tambours et nos pancartes, et que nous clamons son nom, des tireurs d’élite étaient sur les toits d’un immeuble voisin. Vous savez, nous voyons des policiers escorter les Stanley pour aller chercher un repas et le prendre au poste de police. Pendant que notre famille est dehors exposée au public. Cela nous a amenés à nous demander qui exactement est jugé ici. Qui sont exactement les criminels parce que le traitement qui nous a été réservé était très, très différent de celui des Stanleys, tout au long du processus. Et ça vous amène à vous poser des questions, vous savez, de toutes sortes. Cela m’a amenée à me demander si c’est ce que vivent toutes les familles lorsqu’elles perdent un être cher, si c’est ce que vivent toutes les familles lorsqu’elles doivent passer par le processus judiciaire des accusations de meurtre ou si c’est seulement ce que vivent les familles autochtones lorsque la vie de l’un de nos êtres chers est enlevée. Et ce que j’ai appris dans mon cheminement jusqu’à présent, c’est qu’il y a beaucoup d’autres familles qui ont vécu cette perte, qui sont confrontées à cette intimidation, cette ignorance, cette exclusion, même, vous savez. Et quand ils perdent un être cher encore aujourd’hui. Quelqu’un m’a dit : la première chose à laquelle j’ai pensé, vous savez, c’était à vous. J’ai pensé, vous savez, je traverse peut-être ce qu’ont traversé les Boushie-Baptistes. Et c’est une réalité, c’est la réalité des peuples autochtones en ce moment au Canada. Je pourrais certainement en dire beaucoup plus. Et je suis ravie que Tasha Hubbard a fait le film parce qu’il raconte une si grande partie de notre histoire, ce n’est que le début et seulement une infime partie du début de tout ce que nous avons vécu.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Jade. Je sais qu’il n’est pas facile de raconter l’histoire de votre famille, mais il est important que toutes les personnes qui nous regardent et nous écoutent aujourd’hui connaissent la vérité au sujet du traitement que vous avez subi après cet incident. Nous sommes si reconnaissants de votre présence aujourd’hui.

Myrna, pour un bon nombre d’entre nous, le concept d’« humilité culturelle » peut être nouveau. Pouvez‑vous nous faire part de vos travaux dans ce domaine et préciser comment cette pratique peut aider les avocats et les autres professionnels de la justice pénale à éviter l’engagement raciste lorsqu’ils offrent des services à des populations qui ne partagent pas les mêmes antécédents ou n’ont pas vécu les mêmes expériences?

Myrna McCallum :

Je vous remercie de la question. Et merci aussi à Claudette pour la prière d’ouverture, je suis d’accord avec Jade, cela a très bien préparé la table, merci encore à Jade de nous avoir rappelé qui était Coco, et je veux dire que j’ai ressenti cette perte, à un certain niveau, parce que je viens de la Saskatchewan et j’ai été procureure de la Couronne en Saskatchewan, étant une avocate qui fait partie du système de justice. Ce que je veux dire, c’est que j’ai entendu beaucoup d’histoires semblables à celle que vient de raconter Jade, et en tant qu’avocate travaillant dans ce système, je ressens ces effets. J’ai aussi ressenti les effets non seulement de la race, du racisme et des préjugés, mais aussi des traumatismes que nous vivons dans ces sphères, surtout en tant que femme autochtone. Ce que je veux dire, c’est que nous entendons tout le temps des avocats autochtones, qu’il n’est pas rare que nous soyons pris pour l’accusé lorsque nous nous présentons devant un tribunal. Je pense que c’est arrivé à chacun d’entre nous. Donc, je voulais juste partager les petites choses, beaucoup d’enfants disent ce que je pense de nos systèmes. Mais l’humilité culturelle est un cadre que les avocats et les juges ont aussi adopté et auquel je m’intéresse beaucoup chaque fois que je fais un exposé à ce sujet, et je pense qu’il complète très bien la pratique du droit tenant compte des traumatismes parce qu’il s’agit d’un cadre axé sur les relations, qui va au-delà de la compétence culturelle, de la sécurité culturelle ou de la sensibilisation culturelle, qui sont, à mon avis, des cadres très autocentrés qui nous amènent à réfléchir à ce que j’ai lu, à ce que j’ai entendu et à ce que je sais et à quels postes m’ont amenée à travailler avec l’autre personne, qui qu’elle soit, et ce pourrait être la race, le sexe, l’identité de genre, etc. Mais, pour ce qui est de l’humilité culturelle, j’en suis venu à comprendre qu’il s’agit d’un cadre axé sur les relations qui vise à favoriser l’équité dans les espaces où il y a eu iniquité et où il y a eu beaucoup de privilèges, comme le système de justice. Et c’est un cadre qui a été développé par deux médecins noirs de la région de Los Angeles, la Dre Melanie Tervalon, M.D., MSP, et la Dre Jann Murray-García, M.D., MSP,. Elles ont créé ce cadre après avoir vu Rodney King se faire battre par la police de Los Angeles. Elles se sont demandé ce qu’elles pouvaient faire pour remédier à ces disparités et à ces iniquités raciales dans notre cour, lequel est bien sûr le domaine des soins de santé, d’où ce cadre. Et c’est un cadre fondé sur les relations. Il nous invite, ceux qui l’adoptent, à regarder toutes les personnes avec lesquelles nous travaillons. En tant qu’experts de leur propre expérience vécue. Et à déterminer qu’est-ce que nous pouvons apprendre d’eux? Et, bien sûr, dès que nous nous prêtons à l’exercice, dès que nous commençons à penser aux personnes avec qui nous travaillons, en tant qu’experts de leur propre expérience vécue, cela change la dynamique de la relation, et nous nous présentons avec humilité, comme des êtres humbles qui sont plus semblables que différents. Et je veux juste être clair sur ce que cela signifie pour moi, parce que j’ai entendu beaucoup de gens dire « bien ce n’est pas de l’humilité, vous savez, que de se rabaisser pour qu’une autre personne puisse nourrir, vous savez, une meilleure opinion d’elle-même ». Mais il ne s’agit pas de se rabaisser, il s’agit de reconnaître que nous avons tous quelque chose à offrir dans cet espace. Et donc quand on entre dans un espace comme celui-ci avec cette compréhension, ça change la dynamique. Il devient très difficile pour l’ego d’occuper le même espace en présence d’humilité. C’est ce dont je parle souvent lorsque j’affirme qu’on ne peut pas discuter de la façon d’éliminer les inégalités, ni de parler de privilège et d’un cadre relationnel pour nous aider à combler le fossé des cultures, sans accomplir le courageux travail d’introspection et d’autocritique, surtout lorsqu’il est question des préjugés inconscients, à savoir ce que je pense savoir sur x; où ai-je obtenu cette information? Suis-je mal informé? L’information est-elle à jour? Il y a beaucoup de questions à se poser et ce processus de questionnement en est un constant tout au long de sa vie. Ce n’est pas comme si l’on pouvait suivre un cours d’humilité culturelle, cocher une case et dire : « Maintenant, je suis apte à travailler avec vous »; ça ne fonctionne pas comme ça. Voilà ce qui résume un peu ce que Nadia et moi pensons : il s’agit d’un mécanisme qui aide à régler certains des problèmes que nous voyons et dont Jade a parlé aujourd’hui.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Myrna.

Annette, vous avez mené beaucoup de recherches auprès des familles noires touchées par la violence armée. Que faut-il savoir au sujet de l’influence du racisme sur les expériences des victimes et des survivants noirs face à la violence armée?

Dre Annette Bailey :

Merci beaucoup, Nadia. Je vais commencer par vous dire que l’une des entrevues que j’ai menées auprès de mères noires qui ont perdu leurs enfants à cause de la violence liée aux armes à feu a été réalisée à la tombe du fils de l’une de ces mères et celle-ci n’aurait pas participé à l’étude si l’entretien ne s’était pas déroulé devant le lieu d’inhumation de son fils. À la fin de l’entretien, elle m’a fait visiter le cimetière. Elle m’a montré les milliers de tombes de jeunes Noirs victimes de violence liée aux armes à feu. En déambulant dans ce cimetière, et dans de nombreux autres par la suite, j’ai pris conscience de la mesure dans laquelle la violence liée aux armes à feu avait pénétré la communauté noire, les corps de jeunes hommes noirs s’empilent dans les cimetières et les morgues. Et malheureusement, les chiffres relatifs au nombre de décès de Noirs ne sont pas compilés au Canada, en raison de l’absence de données systémiques ou systématiques sur la race et la criminalité raciale. Ainsi, les jeunes hommes noirs, en particulier ceux qui vivent dans des quartiers défavorisés, portent le fardeau disproportionné de la violence liée aux armes à feu, en tant que témoins, victimes et survivants de cette violence. Ils portent aussi le fardeau inégal du deuil et du traumatisme de la perte de nombreux amis et membres de la famille à cause de la violence liée aux armes à feu. La question se pose donc : quel rôle joue la race dans ces décès? La recherche que j’ai faite, en particulier à Toronto auprès de jeunes noirs qui ont survécu à la violence armée, montre que le traumatisme lié à la race causé par la surveillance policière excessive, le racisme contre les Noirs, les suspensions excessives dans les écoles, l’exposition à la violence communautaire et la mort sont autant de facteurs qui tracent cette voie vers la violence armée qu’ils empruntent. Et les décès de ces nombreux hommes noirs laissent un sillage de survivants noirs endeuillés, dont le processus de deuil est compliqué par la stigmatisation sociale de la violence armée qui recoupe cette prépondérance du racisme dans la société. Et cela est particulièrement important pour les mères noires qui perdent leurs enfants aux mains de la violence armée, qui se voient souvent refuser l’accès aux services aux victimes et à d’autres mesures de soutien, ainsi que l’empathie sociale dans son ensemble. Beaucoup de ces mères noires, avec qui je me suis entretenue, transportent avec elles deux choses. L’une est une photo de leur enfant assassiné, et l’autre est une lettre des services aux victimes indiquant que leur demande a été refusée, surtout la demande d’indemnisation des victimes. Dans une étude que j’ai menée plus tôt auprès de mères noires endeuillées à Toronto, 90 % de ces mères se sont vu refuser l’indemnisation des victimes parce qu’on leur a dit que leurs enfants étaient connus de la police. Parce qu’elles n’avaient pas manifesté de choc mental, lequel aurait témoigné de leur deuil. Et ainsi, ces mères m’expliquaient, vous savez, qu’elles n’étaient pas admissibles à l’indemnisation, parce que souvent on leur disait qu’elles ne souffraient pas suffisamment du deuil. Et pour ceux qui ont posé la question et qui comprennent cet impératif culturel que la femme noire se doit de se montrer forte. Ceux-là reconnaîtront que ces mères se présenteront sous un jour où leur chagrin ne paraît pas, du moins pas de la façon dont on pourrait s’y attendre. Bon nombre de ces mères se présentaient à l’entrevue avec moi dans leurs habits du dimanche. Je crains donc que la race ne soit en train de devenir un puissant prédicteur de l’accès aux services aux victimes, même s’il existe des politiques et des définitions qui devraient guider la prise de décisions pour assurer un accès équitable à ces services au Canada. Et ce qui s’est dégagé de ces entrevues, c’est qu’il existe cette notion de victime digne de ce nom. Un membre du personnel des services aux victimes que j’ai interviewé m’a dit que les décisions relatives aux services sont prises en fonction de qui sont les bonnes victimes et qui sont les mauvaises victimes. Et cette construction de la mauvaise victime est souvent associée aux mères noires, parce qu’elles ont perdu des enfants à cause de la violence armée. Donc, pour les mères noires qui perdent aussi le soutien social à cause de la stigmatisation de la violence armée et qui perdent leur accès aux services aux victimes, ces pertes ont un impact particulier sur leur processus de deuil. N’empêche, l’histoire de bon nombre de ces mères en est une de résilience. Une plus grande partie de leur histoire porte sur le deuil compliqué, le stress post-traumatique, la dépression prolongée, l’échec du mariage, les tentatives de suicide. Ainsi, tous ces facteurs doivent être pris en considération pour déterminer l’incidence de la perte ou du refus des services aux victimes sur leur capacité de s’y retrouver dans leur nouvelle identité de survivant. Je vais donc m’en tenir à cela pour inviter à la réflexion.

Dre Nadia Ferrara:

Merci, Annette.

Fo, vous qui travaillez dans le domaine des droits de la personne et des droits civils depuis plusieurs décennies, quels changements avez-vous constatés? Y a-t-il eu des progrès? Avez-vous le sentiment que nous en sommes à un moment charnière?

Fo Niemi :

Merci beaucoup et encore une fois, merci beaucoup de m’avoir permis de participer à cette conversation nationale. Je représente une organisation qui œuvre depuis de nombreuses années dans les domaines du racisme, de la violence raciste, des crimes haineux et même de la violence sexuelle et de la violence homophobe. Je suis ravi de signaler qu’à bien des égards, nous avons constaté des progrès au cours des deux ou trois dernières décennies, principalement en raison des changements dans les valeurs, des modifications apportées aux lois par la majorité de la Charte canadienne des droits et libertés, nous obtenons une plus grande égalité et faisons aussi progresser les questions de la dignité et de la sécurité pour beaucoup de gens dans ce pays. Cependant, il reste encore beaucoup à accomplir, en partie parce que, comme vous l’avez vu ces dernières années, la haine et la violence ouverte ressurgissent. Dans les années 80 et 90, et ici au Québec, le Ku Klux Klan était pratiquement dans les rues. Il y a eu des festivals de la haine juste au nord de Montréal, des gens venus de l’Ontario et des États-Unis tenaient des festivals de la haine. Et vous savez, nous sommes encore aux prises avec des crimes haineux, comme on a pu le voir récemment avec la vague de haine anti-asiatique qui a fait tant de victimes dans ce pays. Plus récemment, nous avons pu voir les victimes de la violence islamophobe. Nous devons donc nous attaquer à l’un des défis que doivent relever ceux d’entre nous qui soutiennent les victimes d’actes criminels, les victimes de discrimination et les victimes de haine, à savoir comment s’assurer que le système, qu’il s’agisse du système de justice pénale ou du système juridique. Même le système de justice civile et le système de justice administrative, comment faire en sorte que le système judiciaire dans son ensemble soit non seulement accessible, mais qu’il traite les victimes de façon équitable et digne et réponde à leurs besoins de la même façon; et toute la notion d’équité est très importante parce que, en premier lieu, tout le monde n’est pas égal. Dans la vie, ou même dans la mort. Nous devons donc veiller à ce qu’il existe des principes directeurs relatifs à l’équité d’accès et à une protection efficace. De plus, un soutien adéquat guide toujours notre travail. Je voulais mettre l’accent sur deux domaines que je trouve très importants et dont nous parlons beaucoup : les droits des femmes, et nous pouvons constater que le mouvement des femmes a apporté beaucoup de changements dans la société dans les 20 à 30 dernières années. Mais nous avons aussi tendance à l’oublier parfois, à cause de notre tendance à examiner parfois les enjeux de façon unidimensionnelle. Les femmes en tant que groupe monolithique, et il y a beaucoup de femmes, de femmes à faible revenu, de femmes autochtones, de femmes racialisées, de femmes handicapées à faible revenu et de jeunes femmes qui passent encore entre les mailles du filet. Même si, au nom de l’égalité entre les sexes, nous prétendons avoir fait beaucoup de progrès, et je peux citer des cas, notamment celui d’une immigrante noire qui a été battue par un gardien de sécurité et qui a dû attendre six mois; nous avons dû faire un suivi auprès de la police et du bureau du procureur pour nous enquérir de ce qui se passait dans son cas parce qu’elle n’en a jamais été informée; elle ne savait même pas si des accusations criminelles avaient été portées. Il y a aussi le cas d’une mère noire dont les fils ont été harcelés à plusieurs reprises à l’école, intimidés et menacés de violence. Cette mère a dû pratiquement sacrifier sa vie académique pour s’occuper de ses deux enfants. Et nous avons aussi dû insister, même auprès de la police ou des autorités scolaires, simplement pour faire appliquer les règlements sur l’intimidation et la violence dans les écoles, parce que le système n’offrait pas une réponse suffisante à ces victimes de violence et d’intimidation. Donc, ce que j’essaie de dire, c’est qu’on a encore du travail à faire. L’une des choses les plus importantes ou peut-être les plus encourageantes que j’ai vues au cours des deux dernières années, c’est que l’on reconnaît de plus en plus, dans ce pays, qu’il y a des groupes qui ont des besoins spéciaux qui ne sont pas, vous savez, traités de façon équitable et très inclusive, en particulier les femmes racialisées, les hommes racialisés, les personnes de couleur de toutes les origines, peu importe qu’elles soient de nouveaux arrivants ou qu’elles soient ici depuis longtemps, et surtout les Autochtones, et je pense que le rassemblement de ces groupes qui ont des besoins différents, qui se recoupent, vous savez, cela indique une convergence des destins et de la reconnaissance de l’interdépendance pour créer une nouvelle dynamique dès maintenant qui peut être porteuse de plus d’espoir. Et j’espère que le gouvernement actuel a une stratégie globale pour lutter contre le racisme au Canada, particulièrement contre le racisme envers les Noirs et les Autochtones, et qu’il saura trouver des moyens de faire en sorte que, par-dessus tout, les victimes d’actes criminels, de haine ou de violence, sous quelque forme que ce soit, puissent obtenir cet appui et cette protection de manière efficace et obtenir ce que notre Constitution garantit, c’est-à-dire la même protection et le même bénéfice de la loi. J’espère donc que nous pourrons travailler ensemble en ce sens.

Dre Nadia Ferrara:

Merci, Fo.

Pour en revenir à vous, Jade, au cours des dernières années, les incidents de racisme survenus dans le système de justice pénale ont davantage attiré l’attention du public et suscité un tollé. Avez-vous le sentiment que le message, selon lequel le racisme est un problème systémique et ne se limite pas à quelques incidents isolés, passe bien?

Jade Tootoosis :

Merci pour la question, merci Nadia. Je suis véritablement ravie d’entendre les autres panélistes et ce qu’ils ont tous à dire sur les nombreux sujets et les dimensions importantes de cette conversation. Donc, en ce qui a trait à savoir si j’ai l’impression que le message voulant que le racisme soit un problème systémique passe? Parfois, oui. Surtout simplement en mobilisant les collectivités, et plus particulièrement les jeunes, les élèves du secondaire qui prennent la parole et défendent leurs droits dans leurs écoles, renseignent leurs pairs, questionnent le programme et les enseignants pour savoir ce qui est fondé et ce qui ne l’est pas dans les enseignements en salles de classe, et dans ce qu’ils lisent dans les médias. L’accès à l’information est tellement répandu et, vous savez, je vous mets toujours en garde contre le fait que les médias ne partagent pas peut-être pas toujours l’ampleur ou la vérité de l’histoire. Il faut donc toujours se mobiliser activement et continuer d’apprendre. Vous savez, je partage l’opinion de Myrna à propos de l’humilité, vous savez, cette ouverture, celle qui ne consiste pas à s’efforcer d’avoir raison en ce qui concerne ses pensées et ses opinions, mais cette ouverture à la compréhension, à poser plus de questions, parce que lorsqu’un Autochtone est une victime, on jette rapidement le blâme sur les peuples autochtones en les tenant pour responsables de ce qui s’est passé. Nous l’avons vu dans le cas mon frère. Très rapidement, les gens se sont mis à le blâmer, très rapidement ils ont blâmé nos familles, très rapidement ils ont blâmé la collectivité ou les Autochtones en général, vous savez. Autrement, je n’ai pas l’impression que le message passe, à savoir qu’il s’agit d’un problème systémique. Vous savez, le système juridique canadien met beaucoup de temps à se transformer, c’est ce que j’en suis venue à comprendre. Par exemple, vous savez, les récusations péremptoires pour la sélection des jurés ont été éliminées au Canada. En septembre 2019. Il ne faut pas oublier que cette recommandation avait été formulée en 1999 au Manitoba, mais dans le cadre de l’enquête sur la justice applicable aux Autochtones au Manitoba. Simplement pour illustrer ce délai, combien de temps il a fallu et ce qu’il a fallu. Il a fallu plusieurs vies pour apporter ce changement. Je me demande donc pourquoi nous devons accuser autant de pertes pour pouvoir comprendre qu’il y a des problèmes systémiques apparents. Il existe des problèmes de racisme visibles qui doivent être réglés. Et des mesures concrètes doivent être prises, dès maintenant. Il ne faut pas attendre un autre Colton Boushie ou une autre personne autochtone ou de couleur avant de s’attaquer à ces problèmes, vous savez, des milliers de personnes descendent dans la rue pour dire que ça suffit; les rapports et les études faisant état de la question existent et nous n’avons pas besoin d’un autre rapport. Les rapports sont déjà là et font déjà état de ce problème visible. Appuyons-nous sur ces rapports et études, et apportons les changements qui s’imposent. Le 9 février marque l’anniversaire du jour de l’acquittement de Gerald Stanley, qui a été déclaré non coupable d’un acte répréhensible. Nous avons donc désigné cette date comme étant la Journée nationale d’action et de réflexion. En examinant les systèmes juridiques canadiens, on se demande ce qui a changé exactement depuis 2016. Qui d’autre avons-nous perdu, savez-vous, a-t-on apporté des changements, voyons-nous ces changements, les ressentons-nous? Il ne s’agit pas simplement d’en avoir le sentiment, il s’agit en fait de constater des changements de politique, des changements concrets. Nous invitions donc les gens à réfléchir à ce qui a changé en 2016. La réalité brutale est que les gens, surtout les Autochtones, doivent continuer de s’employer à ce que ces systèmes soient tenus responsables. On doit continuer de poser des questions, d’exercer des pressions, toujours en répétant le même message. Ça devient assurément frustrant et fatigant. Donc, à certains égards, je réponds oui, mais à d’autres égards, pas assez.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Jade.

Myrna, pourquoi la pratique du droit tenant compte du traumatisme est‑elle aussi importante lorsqu’il s’agit de transformer la culture du système de justice?

Myrna McCallum :

C’est une bonne question. Je pense, je crois, en fait je crois simplement que les systèmes dans lesquels nous travaillons actuellement doivent faire l’objet d’une transformation positive radicale. C’est ainsi que je perçois la pratique du droit tenant compte du traumatisme. À la base, la pratique du droit tenant compte du traumatisme demande de comprendre comment les traumatismes que nous portons dans notre vie peuvent parfois perpétuer d’autres traumatismes dans la façon dont nous faisons notre travail, dans la façon dont nous interagissons avec les autres. La façon dont les traumatismes de ceux avec qui nous travaillons peuvent finir par nous toucher et parfois nous suivre à la maison et causer un tort réel à notre santé mentale et à notre bien-être, ce qui, bien sûr, se produit souvent dans la salle d’audience, nous le voyons. En ce qui me concerne, je vois parfois de très mauvais comportements de la part de juges et d’avocats, et je soupçonne que parfois qu’il s’agit juste d’une manifestation de leur propre mécanisme d’adaptation parce qu’ils ont été exposés à tellement de traumatismes, ils ne savent tout simplement pas quoi faire d’autre que de se montrer, vous savez, insensibles, froids et déconnectés. Je pense donc que c’est parfois un mécanisme d’adaptation qui ne nous sert pas bien parce que, comme avocats, nous devons composer avec de terribles problèmes de santé mentale. Nous avons des taux très élevés de toxicomanie, de suicide, etc. Mais au-delà de la reconnaissance du traumatisme et de la capacité de le prendre en compte et de le respecter chez les autres et en nous-mêmes, cela nous appelle aussi à aménager un espace pour accorder la priorité à des questions comme les relations, les raisons pour lesquelles il est important d’avoir des relations avec les personnes avec qui nous travaillons. Comment ces relations peuvent-elles être bénéfiques pour nous-mêmes, mais aussi pour l’ensemble du système. Je pense souvent, bien sûr, à l’expérience dont Jade nous a fait part aujourd’hui qui est toujours présente à mon esprit. En tant qu’ancienne procureure de cette province, je suis choquée. J’ai été choquée et je le suis encore aujourd’hui. Je regarde ensuite un peu plus vers l’Ouest, et je vois le traitement qu’on a réservé à Cindy Gladue et la façon dont sa famille a été traitée pendant les procès impliquant Bradley Barton. Encore une fois, cela me dit que nous avons des lacunes en tant qu’avocats lorsque nous n’accordons pas la priorité aux relations avec les gens que nous servons. Et nous devons nous rappeler que lorsque nous entrons dans ces espaces, ces espaces ne nous étaient pas destinés. Même si les avocats et les juges se comportent comme si c’était le cas, c’est notre maison, cet espace est pour nous. En fait, cet espace est pour que des gens donnent un lieu de parole à des gens qui ont besoin de justice, de guérison, de soutien, de protection d’une réponse à quel que soit leur besoin, et je pense que beaucoup d’entre nous l’ont perdu de vue et la pratique du droit tenant compte du traumatisme est véritablement un bon cadre pour nous rappeler pourquoi nous sommes là au départ. Et enfin, bien sûr, la pratique du droit tenant compte du traumatisme est un cadre véritablement utile qui non seulement sert de guide pour nous ramener en contact avec les gens que nous servons, mais aussi pour comprendre comment nous sommes touchés par le travail que nous faisons, comment nos préjugés et nos croyances à l’égard des autres créent une déconnexion ou érigent des murs, comment nous établissons des limites utiles et saines pour pouvoir faire le travail que nous faisons de façon positive. J’aimerais rapidement signaler un exemple de bonne façon de faire les choses, et c’est quelque chose que j’aimerais voir pour chaque Autochtone qui se présente devant un tribunal au Canada, que ce soit comme victime d’un crime, comme délinquant ou comme témoin. Le juge, il a pris sa retraite, je crois qu’il a pris sa retraite en 2018, mais le juge Langston, de la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta, a condamné Barbara Holmes, une femme autochtone qui avait été reconnue coupable d’homicide involontaire coupable, qui avait tué son mari. Ses motifs lors de la détermination de la peine étaient très brefs, mais l’une des choses dont il parle, c’est de la façon dont ils ont commencé l’audience par une cérémonie. Il avait invité un Aîné à commencer par une prière et une cérémonie. Et ensuite, les premiers mots sortis de sa bouche étaient quelque chose que je n’avais jamais entendu un juge dire auparavant, mais j’aimerais que chaque juge le dise lorsqu’il s’adresse à un Autochtone dans une salle d’audience. Il dit : « Je reconnais que Mlle Holmes est une femme autochtone et qu’elle vit dans un système qui lui a été imposé et que mon sentiment ou ma vision de la justice est très différent de la vision autochtone de la justice et que le système auquel j’appartiens n’a rien fait d’autre que d’essayer de détruire les cultures et les langues autochtones des peuples autochtones. » Et il l’a reconnu dès le départ, et j’ai pensé que c’était une démonstration très puissante, pas seulement d’une humilité culturelle, mais de la compréhension du traumatisme que le système perpétue chez les Autochtones chaque fois qu’ils sont amenés dans ces espaces. Nous sommes introduits dans un système qui ne reflète pas notre vision de la justice, nos lois. Et on nous l’impose. Et je pense qu’en tant qu’avocats, qui maintiennent le système dans sa forme actuelle, il faut le reconnaître.

Dre. Nadia Ferrara:

Merci, Myrna.

Annette, nous avons beaucoup entendu parler du définancement ou du désengagement de la police. Selon vous, en quoi cela influera-t-il expressément sur les expériences que font les jeunes noirs de la police et du système de justice pénale?

Annette Bailey :

Merci, Nadia, pour cette question, et permettez-moi de dire à Myrna que c’est une preuve incroyable d’empathie systémique, et que plus de juges doivent l’utiliser. Mais Nadia, votre question est très intrigante. Et je dirais que le définancement ou le désengagement de la police n’est ni incontestablement bon ni incontestablement mauvais. Certains diront qu’il s’agit d’affaiblir les structures de protection et de sécurité dans les collectivités, et d’autres reconnaîtront que cela découle d’un besoin désespéré de réparer un système de police qui fonctionne sur l’abus de pouvoir et la déshumanisation à l’endroit des victimes, particulièrement les Noirs. Beaucoup d’hommes noirs, comme nous le savons, sont morts ou ont été traumatisés tantôt par les actions de la police et tantôt par son inaction. Et nous savons très bien que les inégalités et les injustices rapprochent les jeunes noirs du système de justice pénale. Merci, Jade, de m’avoir donné la permission de parler du système de justice pénale. C’est habituellement leur contact avec la police qui est le point critique du premier contact avec le système. Lorsque les jeunes noirs entrent dans ce système, la spirale descendante de leur santé sociale et psychologique s’accélère. Les jeunes noirs, comme nous le savons, purgent des peines prolongées, parfois pour de petites infractions, et l’expérience vécue par la personne ajoute une couche supplémentaire de traumatisme et de désavantage qui continuera d’avoir une incidence sur sa vie, sa famille, ses possibilités d’emploi et son éducation. Donc, si le financement ou le désengagement de la police pouvait aider à améliorer certains de ces résultats pour les jeunes noirs, alors ces mesures prendraient assurément leur sens. Mais même aujourd’hui. Nous voyons très peu de signes d’amélioration dans les interactions entre la police et les jeunes noirs. Dans une étude, une étude récente que j’ai menée à Toronto auprès de jeunes survivants noirs. Le jeune qui prenait part à la conversation revenait constamment à son expérience avec la police. Ils racontent avoir tellement peur de la police qu’ils ont peur de sortir de chez eux. J’entends des choses comme, et je cite, les policiers vont vous arrêter pour avoir porté un chandail à capuchon. Lorsqu’ils vous arrêtent, ils commencent toujours par, il y a eu un vol dans le secteur, puis ils vous accotent violemment contre la voiture et vous fouillent. Ils vous appellent par votre nom lorsqu’ils vous voient dans la rue. Certains policiers vous pointent simplement du fusil. Même lorsque vous ne faites rien. Donc, la question importante pour moi est de savoir si le financement, ou le désengagement de la police, réglera certains des problèmes systémiques qui rapprochent les jeunes noirs du système judiciaire. Nous savons que les jeunes noirs sont vulnérables sur le plan social et qu’ils ont des stratégies de prévention axées sur le mentorat, le soutien au développement social et éducatif, le renforcement des capacités et de la résilience, et sur le traitement des traumatismes liés au racisme avec lesquels ils vivent. Nous savons que ce genre de travail correctif, de travail préventif est important, et que les approches musclées de renforcement réactif ne s’attaquent pas aux problèmes structurels et systémiques qui ont une incidence sur la vie de ces jeunes. Il faut en tenir compte lorsque nous parlons de la façon de lutter contre la violence armée chez les jeunes noirs ou d’empêcher qu’ils entrent en contact avec le système. Il faut donc qu’il y ait un équilibre entre la sécurité et le développement social de ces jeunes. Par conséquent, le fait de définancer la police sur la base de l’affectation de ces fonds pour s’attaquer aux problèmes systémiques et de développement auxquels font face les jeunes noirs peut faire en sorte qu’un moins grand nombre de jeunes entrent en contact avec le système, surtout à un jeune âge qui les laisse traumatisés pour leur, leur vie, et une autre question importante qui se pose rapidement est la suivante : est-ce que le fait de définancer la police ou de la désengager aidera à éliminer les structures racistes que nous observons dans les services de police? Personnellement, je crois que ces structures racistes vont continuer d’exister. Tant que la police aura le pouvoir et l’autorité d’opprimer sans conséquences. Il faudrait réorganiser la structure de pouvoir et les pratiques et idéologies bien ancrées de la police, même les nouveaux policiers qui entrent dans le système sont guidés et acculturés dans un système qui est déjà très bien développé et qu’ils trouvent difficile de changer de l’intérieur. Donc, le désengagement signifie encore que la police conservera certains rôles. Et si ces rôles sont facilités par un changement de politique. Je pense que c’est ce que nous voulons voir. La question qui se pose est donc la suivante : est-ce qu’il s’agit d’un définancement ou d’un désengagement ou est-ce vraiment une question de changements stratégiques rapides et systématiques de manière à responsabiliser la police?

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Annette.

Fo, comment les processus de plainte indépendants et les organismes de surveillance peuvent-ils aider à susciter le changement? Ces institutions peuvent-elles nous aider à éradiquer le racisme?

Fo Niemi :

Merci beaucoup pour la question, comme Mme Bailey l’a mentionné, je pense que nous voulons un changement systémique. Pour ce faire, nous devons avoir entre autres, l’analyse systémique, nous devons repenser et restructurer le système. L’analyse systémique est fondée sur l’intersection de la race, du sexe, de la classe sociale et de la capacité, ce que nous faisons ici, du moins dans notre organisation, peut fournir une approche plus conceptuelle et holistique du problème des obstacles, des obstacles systémiques, parce qu’il faut commencer par le fait que la plupart des systèmes du système juridique, le système de justice pénale, ne reflètent tout simplement pas la population, la démographie et la diversité de la population canadienne, vous savez, un trop grand nombre de nos juges proviennent de cabinets d’avocats en droit des affaires. Nous devons donc changer les choses du haut vers le bas. Trop d’avocats n’ont pas de formation en service social ou en sciences sociales. Ils n’ont pas de formation pour aider les relations, ce qui est, entre autres choses, l’essence de l’exercice du droit. Donc, tant que nous n’aurons pas certaines de ces compétences qui répondent aux besoins et aux intérêts des gens, le système continuera à échouer. Mais surtout, et fondamentalement, nous devons examiner, repenser le genre de traitement que nous accordons trop souvent aux victimes d’actes criminels qui sont traitées comme des observateurs du système de justice pénale. C’est l’État contre l’accusé. Vous savez, les victimes d’actes criminels, si elles ont de la chance, sont traitées comme des victimes d’actes criminels et sont entendues, crues et respectées, consultées avant qu’une décision puisse être prise. Trop souvent, les victimes de crimes n’ont aucun moyen ou n’ont aucun droit qu’elles peuvent faire valoir. À cause du défi que représente le fait de s’adresser au système pour demander une révision et des décisions administratives. C’est quelque chose que nous avons demandé, et je crois aussi que le Bureau de l’ombudsman fédéral m’a aussi demandé de modifier le statut que les victimes d’actes criminels devraient avoir parce qu’elles doivent avoir leur mot à dire dans les décisions les affectant, notamment en ce qui concerne les droits des victimes, les droits civils et les droits constitutionnels. Donc les systèmes ne fonctionnent pas en partie parce qu’ils ne reflètent pas les gens, vous savez, le système reste constitué dans une dynamique de type « nous et eux ». Il ne s’agit pas simplement d’avoir une représentation symbolique, parce que je crois qu’il faut une représentation substantielle et significative dans un système qui reflète les gens et est conçu pour servir à protéger, à soutenir et à réparer. Bien entendu, à moins d’examiner ces changements systémiques et de les demander à partir du sommet, nous continuons de faire face à ce genre d’exclusion. La solution à l’inefficacité ne réside pas dans une augmentation du budget, mais plutôt dans l’accès à des ressources pertinentes, y compris les gens. À partir de la dotation, vous savez, du personnel de première ligne jusqu’au niveau de la victime, du témoin ou de toute autre personne qui passe par le système judiciaire. Ces personnes doivent sentir qu’elles ont leur mot à dire et qu’elles ont aussi la capacité de demander, entre autres choses, la responsabilisation. Nous avons tous une expérience du système juridique à différents titres, et nous avons tendance à observer un manque de responsabilisation, de responsabilité personnelle. Nous avons commencé à voir même des juges être tenus personnellement responsables de ce qu’ils disent, ou de ce qu’ils ne disent pas, dans certaines affaires dont ils sont saisis. Lorsqu’il est question de violence sexuelle, les juges sont de plus en plus tenus personnellement responsables de leurs agissements. Donc, nous devons faire la même chose et c’est pourquoi lorsque nous parlons entre autres de droits élargis, d’une protection accrue et d’une réparation équitable pour les victimes d’actes criminels, nous devons examiner la question d’un point de vue systémique critique, et je préconise toujours qu’on l’examine aussi du point de vue de la discrimination fondée sur la race, la classe sociale, le sexe et la capacité. J’aimerais simplement mentionner que lorsque nous parlons d’accéder au système de justice pour protéger les victimes d’actes criminels, nous devons penser aux enfants. Nous parlons rarement des enfants en tant que victimes ou témoins d’actes criminels, et de la façon dont ils sont traités dans le système. Nous avons une convention internationale sur les droits de l’enfant. Nous avons beaucoup de garanties constitutionnelles pour les enfants et la discrimination fondée sur l’âge, mais nous parlons rarement des droits des enfants. C’est pourquoi nous préconisons l’adoption du droit de l’enfant et des évaluations d’impact. Pour faire en sorte que les enfants victimes d’actes criminels soient traités de façon plus juste et équitable.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Fo.

Jade, en repensant aux expériences que vous avez vécues depuis 2016, pouvez-vous indiquer une ou deux mesures qui auraient facilité cette démarche pour vous et votre famille?

Jade Tootoosis :

Merci pour cette question, Nadia. Une ou deux mesures qui peuvent faciliter l’expérience la plus difficile et la plus traumatisante. Il est très difficile de répondre à cette question. La relation avec le procureur de la Couronne aurait pu être si différente, vous savez, pour nous, nous avons travaillé avec plusieurs procureurs de la Couronne. Je peux en toute franchise affirmer que chacun d’entre eux a exclu, négligé, ignoré et s’est montré irrespectueux envers ma famille. Par exemple, la Couronne ne nous a jamais rencontrés, à moins que nous ne le demandions.

À une certaine époque, je me souviens d’avoir rencontré les procureurs de la Couronne pour la toute première fois, et je voulais encore une fois leur parler de mon frère, de qui il était, pour l’humaniser parce qu’il ne semblait pas que mon frère était un être humain pour ces personnes. J’ai parlé de mon frère, j’ai parlé de l’histoire des peuples autochtones, et de notre méfiance à l’égard des systèmes en place et des gens qui y travaillent. Et pendant que je parlais, vous savez, c’est difficile sur le plan émotionnel, et je ne me suis pas rendu compte que j’élevais la voix pendant que je parlais à ces procureurs, et ils m’ont coupé la parole. Je me souviens que l’un d’entre eux a levé la main et a dit quelque chose comme, très bien, si vous voulez nous crier après, nous n’avons pas besoin d’être ici. Et ce moment‑là, ils ont menacé de sortir, de quitter la pièce et de ne pas nous écouter. Je me suis sentie comme si j’avais fait quelque chose de mal, je me suis sentie comme si j’avais pris trop de place. Je mets trop de pression sur ces gens qui occupent un poste de privilège et de pouvoir au sein de la structure qui sert à obtenir justice pour mon frère, vous savez, et j’ai dû faire marche arrière. Et j’ai ensuite contrôlé ma voix. J’ai dû me contenir juste pour pouvoir leur parler et, en y repensant, ça me fâche parce que je n’aurais pas dû avoir à le faire. S’il y avait une certaine compréhension, une certaine empathie, voire un brin de relation, vous savez, il y aurait peut-être une certaine compréhension de ce que nous vivons et de ce que nous traversons.

À ce moment-là, je me suis rendu compte que nous n’étions même pas considérés comme des êtres humains pour ces personnes, qu’elles s’étaient fait une idée de mon frère, qu’elles avaient déjà leur opinion de nous. Ce fossé était visible tout au long du processus. Nous avons vu le procureur de la Couronne entrer et saluer l’avocat de la défense juste devant nous, souriant et riant, alors que nous étions assis là à le regarder alors qu’eux ne nous regardaient pas, vous savez, le même manque de respect dont nous avons fait l’objet quand Gerald Stanley a témoigné et qu’on lui a présenté l’arme qu’il avait utilisée pour tirer sur mon frère. On ne nous avait pas prévenus ni informés que cela allait même se produire. Donc, certains d’entre nous sont sortis, certains d’entre nous ont éclaté en sanglots, vous savez, il n’y avait pas de relation avec le procureur de la Couronne, et même aujourd’hui, quand l’appel a été annoncé, ils ont tenu une conférence de presse, à quatre heures de chez nous, pour qu’aucun d’entre nous ne puisse être présent pour poser des questions, pour obtenir une explication. Nous avons été complètement oubliés, et parfois intimidés, vous savez, et bien souvent, lorsque nous lisons les décisions prises par le procureur de la Couronne, par les tribunaux, nous les lisons dans les journaux, en même temps que les autres Canadiens.

Lorsque Gerald Stanley a été libéré sous caution, je me rendais à un pow-wow et quelqu’un m’a envoyé l’article sur Facebook, vous voyez, c’est un bel exemple illustrant que la Couronne n’a pas travaillé avec nous. Encore une fois, nous leur avons alors demandé une rencontre; nous essayions constamment d’aller vers eux, mais nous ne recevions jamais rien. Cela était aussi évident pour nos juristes, pour nos avocats qui nous soutiennent, vous savez, qui se buttent à un mur de silence, puis qui le contournent et, vous savez, encore une fois, on se demande, est-ce comme ça pour toutes les familles, ou juste pour les familles autochtones?

Il est donc certain qu’une communication claire et cohérente, la coopération et surtout le respect du procureur de la Couronne auraient été plus utiles que ce qui s’est passé. L’autre chose que je dirais, c’est que des services et des mesures de soutien adaptés aux victimes autochtones auraient été utiles lors des nombreuses tentatives que vous avons faites pour obtenir du soutien. Il fallait presque éduquer les gens sur la colonisation, sur le racisme, sur ce avec quoi nous devions composer avant d’en arriver vraiment à ce dont il s’agissait, c’est-à-dire ce à quoi nous faisions face. Les ressources sont très limitées en ce qui concerne les services et les mesures de soutien adaptés aux victimes autochtones, mais en fin de compte, on finit par les obtenir. La première mesure qui aurait facilité les choses, c’est que mon frère n’aurait pas dû mourir, mon frère n’aurait pas dû être la cible de tirs et n’aurait pas dû être tué. Les choses se sont déroulées de cette façon parce qu’il a été tué en tout premier lieu. Cela montre qu’il y a beaucoup de travail à faire, car si une personne peut prendre cette décision et se sentir justifiée dans ses actes, cela en dit long sur le système et la société dans laquelle nous vivons.

Dre Nadia Ferrara:

Merci, Jade.

Myrna, les collectivités autochtones font souvent allusion à la nécessité d’une décolonisation. Pouvez-vous nous dire pourquoi cela est aussi important pour les familles concernées et pour transformer le système de justice?

Myrna McCallum :

C’est une grande question, surtout si l’on tient compte du fait que beaucoup de gens n’ont pas de définition de la décolonisation, pas plus que moi. Je veux simplement répondre à ce que Jade vient de dire. Ce que je veux dire, c’est que les exemples qu’elle a donnés, que vous avez donnés à Jade au sujet de votre expérience, sont exactement la raison pour laquelle je forme des avocats pour qu’ils soient sensibilisés aux traumatismes. Dans l’exemple que vous avez donné au sujet de l’élévation du ton de votre voix pendant que vous parlez, je le dis tout le temps aux avocats. Il s’agit de la manifestation d’un traumatisme. Le traumatisme n’est pas toujours présent sous forme de silence et de tristesse, il se manifeste parfois cous forme de colère, et c’est normal, parce que les traumatismes vécus par les gens suscitent la colère. Nous devons respecter cette colère. Le problème que beaucoup d’avocats rencontrent est que nous sommes si égoïstes dans nos interactions que nous nous permettons d’exiger que les victimes ou les familles des victimes des personnes avec qui nous travaillons s’adaptent à nos émotions et à nos réactions émotionnelles et nous rejoignent sur le plan de communication où nous sommes et gérons nos émotions. C’est tout à fait incroyable; à défaut d’un meilleur mot, « whack » c’est un de mes mots préférés que je continue d’utiliser, alors « whack ». Vous savez, l’expérience est très traumatisante parce que vous faites exactement ce que Jade vient de décrire. Vous faites taire les gens, puis vous les forcez à s’adapter à votre ego et vous tirez parti de votre pouvoir. Ensuite, le déséquilibre du pouvoir déteint sur le reste de l’interaction, sans parler de l’imposition du silence et du manque de respect, et cela devient un processus axé sur l’ego. Je suis désolée que ce fût votre expérience et celle de sa famille. Cela me brise le cœur et chaque fois que j’ai lu quelque chose à ce sujet, j’ai été très dégoûtée. Parce que cela n’aurait jamais été ma façon de faire, cela n’a jamais été ma façon de faire. Je me rendais dans les collectivités, je rencontrais les familles, je discutais de ce qui s’en venait, de ce qui se passait, de ce à quoi elles pouvaient s’attendre, de ce à quoi elles ne pouvaient pas s’attendre. Je voulais qu’elles me connaissent, qu’elles connaissent mes gens et qu’elles sachent d’où je viens et qu’elles ont de l’importance et qu’elles ont un rôle à jouer dans ce processus, même si, vous savez, beaucoup de gens ont l’impression de ne pas avoir de contrôle parce que, oui, c’est un processus rigide, mais je prenais le temps d’agir ainsi. Et, vous savez, bien sûr, je sais que ma propre indigénéité m’éclaire parce que j’appartiens à un peuple qui mise sur les relations, c’est une priorité. Donc, j’enseigne ces choses, et, et je fais réfléchir les avocats à la raison pour laquelle il est important de se centrer sur les relations. Il n’y a pas si longtemps, je faisais une présentation à des procureurs de la Couronne de l’Alberta qui voulaient savoir comment nous soutenons les victimes autochtones d’actes criminels. Pour faire suite à ce que je viens de dire sur le fait de se centrer sur les relations et d’accorder la priorité à ces aspects, il faut mettre son égo de côté, de sorte que lorsqu’une personne est en colère ou lève le ton pour jurer, vous comprenez qu’il ne s’agit pas de vous. Il s’agit simplement de la manifestation d’un traumatisme, et oui, la personne devrait être validée dans ses émotions. Bien sûr, vous êtes en colère. Bien sûr que oui. Mais ensuite, vous poursuivez la relation. Vous ne dites pas à la personne qu’elle doit reprendre le contrôle de ses émotions sans quoi vous allez mettre fin à la discussion, mais c’est malheureusement ce qui arrive trop souvent.

Au lieu de cela, je digresse, je sais, mais au lieu de cela, je leur dis exactement ce dont Jade a parlé, nous avons besoin de services de soutien adaptés à la culture des Autochtones. Nous devons intégrer des Aînés dans ces processus. L’une des raisons pour lesquelles je continue d’insister sur le juge Langston, c’est parce que c’est ce qu’il a fait. Il a introduit une cérémonie dans cet espace, il a intégré des Aînés dans cet espace, et il a reconnu que la vision autochtone de la justice ne ressemble en rien à la vision canadienne de la justice, et en fait, c’est un système qui nous est imposé de sorte que chaque fois que nous y sommes, c’est parce qu’on nous l’impose. Ce n’est pas un système qui nous reflète ni ne reflète nos lois, notre langue, nos relations, nos valeurs. Nous avons donc besoin de services aux victimes adaptés à la culture autochtone. C’est ce que font les Aînés, car ils connaissent la valeur d’une relation. Ils ne se contentent pas de rencontrer la victime un jour ou deux avant le procès, de se présenter, de partager de l’information, puis de repartir en paix dès le procès terminé. Ils reconnaissent qu’il doit subsister une relation à long terme. Je pense que c’est une façon de décoloniser le système. L’autre jour, j’ai eu une conversation avec Marion Fuller, qui est une juge à la retraite de la Cour provinciale de la Colombie-Britannique, et elle était la commissaire en chef pour eux. Nous avons discuté, dans mon balado, vous savez, de certaines des choses que nous pourrions faire en tant qu’avocates, et une partie des changements à apporter consisterait aussi à changer notre relation avec le temps. Lorsque vous traitez avec des Autochtones, en particulier, et si vous voulez tenir une cérémonie, alors ce que vous ferez exigera du temps. Si vous voulez établir des relations qui ont du sens et, vous savez, sans causer d’autres préjudices, il faudra y mettre du temps. Il vous faut apprendre qui est votre interlocuteur. Un autre élément très important est de se centrer sur la cérémonie, surtout lorsqu’un événement qui a causé beaucoup de traumatismes est en cause. Marion a beaucoup parlé de la façon dont ils ont placé la cérémonie au centre de chacune des audiences qu’ils ont tenues et comment ils les ont conclues et comment ils ont mis à profit la sagesse des aînés pour aider les personnes dans ces processus. Je pense vraiment que dans chaque espace, qu’il s’agisse d’une faculté de droit ou d’une salle d’audience, nous avons besoin d’un Aîné parce qu’il y apporte beaucoup d’énergie de guérison, de bonté, d’humilité et de sagesse. Donc, si c’était ma seule recommandation pour tous ces gens de pouvoir qui écoutent cette conversation, je dirais : Allez-y, embauchez des Aînés et, oui, payez-les bien, ne vous attendez pas à ce qu’ils n’aient pas besoin d’être indemnisés simplement parce que vous les invitez à participer au processus. Ils ont en effet absolument besoin d’être indemnisés. La réciprocité entre les peuples; il faut l’apprendre et la mettre en pratique. Merci, Nadia.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Myrna.

Annette, dans le cadre de la sensibilisation à l’importance des droits juridiques des citoyens, selon vous, quels sont les soutiens nécessaires pour les victimes et les survivants noirs de la violence armée?

Annette Bailey :

Je rejoins ce que Myrna a toujours dit. C’est l’importance des soins adaptés au traumatisme, des réponses adaptées au traumatisme, du soutien au deuil adapté au traumatisme. J’ai mené des recherches sur la violence armée à Toronto, ainsi que partout au Canada, et j’ai fait des analyses avec des victimes et des intervenants dans 20 pays. Dans tous les cas, le soutien au deuil tenant compte du traumatisme est ressorti comme la principale recommandation pour la survie à la violence armée dans tous les contextes, tant pour ceux qui perdent plusieurs amis et membres de leur famille à cause de la violence armée que pour les mères, en particulier les mères Noires, qui perdent leurs enfants à cause de la violence armée. Nous avons constaté que les soins qui tiennent compte du traumatisme servent presque de pont vers leur guérison. Pour les survivants Noirs, les soins tenant compte du traumatisme devraient être orientés d’un point de vue culturel, les soins tenant compte du traumatisme culturellement pertinents soulagent les expériences culturelles et les réponses aux événements traumatiques, comme Jade l’a mentionné.

La deuxième chose que je recommanderais en matière de soutien, ce sont des services de réadaptation pour les survivants blessés en raison de la violence armée. Il y a plus de victimes qui vivent avec des blessures causées par des armes à feu que de victimes décédées de cette violence. Par exemple, en 2020, à Toronto. Il y a eu environ 462 fusillades et celles-ci n’ont entraîné que 39 décès. Ainsi, nous ne pensons pas souvent à ceux qui sont blessés et à la gravité des blessures. Au genre de fardeau que représentent ces blessures pour les aidants naturels dans ces familles. Nous savons que certaines de ces blessures causent de graves incapacités, en particulier chez ceux dont la moelle épinière a été atteinte. Le niveau de soins requis peut imposer des défis sociaux et économiques aux familles, de sorte que l’on devrait s’interroger sur la façon dont nous appuyons les personnes qui sont blessées par balle et qui sont victimes de violence armée.

Ma dernière recommandation relative aux mesures de soutien concerne ce dont j’ai parlé plus tôt, c’est-à-dire l’accessibilité des services aux victimes. Cela comprend la rémunération et les services de consultation. Il faut réévaluer les politiques et les protocoles existants en matière de services aux victimes afin de s’assurer de s’entendre sur la définition de qui est considéré comme une victime au Canada, à savoir aussi une personne qui, comme nous le savons, a subi des préjudices matériels ou économiques. On devrait leur accorder le respect de leur fournir ces services, et cette définition ne devrait pas varier en fonction de la valeur perçue de la victime. Telle est ma recommandation.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Annette.

Fo, dans votre travail, quelles personnes tenez-vous pour des victimes vulnérables? Quelles mesures pouvons-nous prendre pour mieux protéger les droits des personnes vulnérables?

Fo Niemi :

Eh bien, en plus de la définition que Mme Bailey vient de donner, les victimes, et dans mon travail, je traite avec beaucoup de personnes dont les droits civils ont été violés et victimes de racisme, de violence sexuelle, de violence raciale et même de la violence de l’État. J’ai donc tendance à définir la vulnérabilité en fonction du point de vue de cette personne. Et ce n’est pas seulement une vulnérabilité physique, financière ou matérielle. Nous devons accorder plus d’attention à la vulnérabilité psychologique et aussi à la vulnérabilité émotionnelle, bien entendu. Parfois, vous savez, à la personne à l’autre bout de l’équation du rapport de force, que ce soit vis-à-vis de l’État ou vis-à-vis des individus et des collectivités. Je pense qu’il ne faut pas l’oublier, surtout en ce qui concerne la relation entre l’individu et l’institution. Les victimes vulnérables sont certainement, vous savez, nous avons tendance à parler des victimes vulnérables d’actes criminels, comme je l’ai mentionné plus tôt, du point de vue d’une intersection de facteurs. Mais il y a beaucoup de gens qui présentent des caractéristiques différentes; et qui ils sont, ce qu’ils ont, ou même ce qu’ils n’ont pas sont autant de facteurs qui définissent leur vulnérabilité. Mais l’une des choses dont nous avons tous parlé au cours de la dernière heure ou à peu près, c’est que nous devons commencer là où se trouve la personne qui est devant nous. Nous devons écouter, et nous devons d’abord considérer la personne comme un être humain. Je pense que peu importe les mots que nous utilisons, nous ne devons pas perdre de vue que le système a été créé par les êtres humains, surtout lorsqu’il s’agit de lutter contre la criminalité, pour aider les êtres humains. Nous devons donc nous assurer qu’ils sont considérés comme tels. Dès qu’une personne se présente devant une institution ou traite avec le système juridique ou judiciaire. Lorsque les personnes deviennent un dossier ou un numéro de dossier, nous perdons un peu d’humanité dans le processus. C’est comme ça que je perçois la situation, d’un point de vue très humaniste. Il s’agit d’un point de vue très fondamental que tout le monde peut comprendre si nous croyons toujours aux valeurs humaines, et à la dignité des êtres humains.

Maintenant, comment pouvons-nous intégrer ce point de vue humaniste? Je pense que pour reconnaître les droits des victimes vulnérables, nous devons savoir quels sont leurs droits. Et je pense que la Constitution et la Charte des droits, en particulier la disposition sur l’égalité, fournissent un fondement pour comprendre où se trouvent les gens, où se trouvent les victimes et quels sont leurs droits, parce que souvent, il s’agit de donner un sens à la vie, et insuffler une nouvelle vie à la notion de liberté et de droits constitutionnels. Nous parlons du droit à la vie, à la sécurité et à la dignité, du droit à l’égalité et, entre autres choses, du droit d’être traité comme des êtres humains, qu’il s’agisse d’équité ou d’égalité, mais je pense que, dans l’ensemble, nous devons reconnaître que derrière tous ces rôles et toutes ces caractéristiques que nous avons, il y a un être humain. En quête de soutien, en quête d’assistance, en quête de protection, en quête d’une réparation juste. Et à partir de là, si nous comprenons ces valeurs, je pense que nous pouvons être plus efficaces et plus humains dans la façon dont nous traitons les victimes de crimes, les victimes de toute forme d’exploitation de l’injustice.

Dre Nadia Ferrara :

Merci, Fo.

La dernière question s’adresse à tous nos panélistes. Nous savons que malgré les preuves évidentes de l’existence de préjugés raciaux dans le système de justice pénale, très peu de choses ont été faites pour y remédier. L’intervention policière excessive auprès des collectivités racialisées et à faible revenu maintient et renforce les préjugés qui mènent à la discrimination contre les Noirs au sein des services de police, ainsi qu’aux disparités des tactiques policières, comme le profilage et le fichage raciaux. Nous savons que les femmes et les filles autochtones ainsi que les personnes 2SLGBTQQIA+ font encore l’objet d’une intervention policière excessive et qu’elles sont sous-protégées en tant que groupe. Quelles sont les MESURES qui doivent être prises dès maintenant afin d’apporter véritablement le changement transformationnel nécessaire pour éradiquer le racisme systémique et décoloniser le système de justice?

Jade, je m’adresse d’abord à vous, après quoi nous laisserons répondre Myrna, Annette et Fo.

Jade Tootoosis :

Très bien. Oui, ce sont de grandes questions et je pense qu’elles illustrent encore une fois la complexité avec laquelle nous devons tous conjuguer. Eh bien, je pense, tout d’abord, qu’il faut… Qu’il faut passer d’un système réactif à un système proactif. Nous continuons d’avoir un système réactif aux événements qui se produisent lorsque nous savons qu’ils vont se produire. Nous devrions nous attaquer à ces problèmes d’abord et avant tout, et c’est ce que nous constatons systématiquement. Mais surtout, nous devrions croire les personnes qui se manifestent et qui ont la force et le courage de parler de leur expérience. Donc nîpawistamâsowin : Notre film s’appelle « We Will Stand Up ». C’est aussi une valeur que nous avons en nous, en ce sens que nous avons une valeur à partager, que nous sommes valorisés et que nous allons nous tenir debout, même si à un moment donné, je me suis peut-être modulé pour satisfaire l’ego du système et des gens qui l’appliquent, je vais toujours me tenir debout et j’espère qu’en partageant notre histoire, nous donnerons de la force à d’autres familles et à d’autres personnes pour qu’elles puissent exprimer exactement ce qu’elles vivent, parce que la seule façon d’apprendre, c’est de connaître la vérité. Et pour ceux qui nient la vérité, vous savez, c’est là que le travail doit être fait. Donc, on a un système qui maintient le statu quo et la suprématie blanche et qui perpétue le colonialisme au Canada, il est encore très présent. Donc, au lieu de remettre en question les propos des personnes qui viennent dénoncer l’oppression des systèmes en place, nous devrions accueillir ce qui est dit, poser des questions et en apprendre davantage, aux échelles individuelle, collective et systémique. Et en fin de compte, c’est mon opinion, vous ne pouvez pas décoloniser les systèmes juridiques canadiens. Ils ont été bâtis sur le colonialisme et ils le maintiennent en ce moment même. Donc, s’il faut démanteler le système, nous devrions observer les peuples autochtones et les systèmes que nous avons et les revitaliser.

Myrna McCallum :

D’accord, je suis d’accord avec Jade sur le démantèlement du système. Je pense que j’utilise parfois des termes plus agressifs, je me dis qu’il faut tout simplement tout démolir et recommencer. Mais nous savons que cela ne se produira pas, n’est-ce pas. Cela n’arrivera pas, cela n’arrivera pas dans les services de police, cela n’arrivera pas dans le système judiciaire, cela n’arrivera pas dans les facultés de droit et cela n’arrivera pas dans les barreaux qui décident qui exerce le droit dans notre collectivité. Je pense donc qu’en attendant ou qu’à moins que ce genre d’événement se produise… Je pense que nous devons nous poser la question en tant que personnes qui défendent ces systèmes et qui en font partie, et j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens avant-gardistes, des gens qui reconnaissent que nous devons aller au-delà de l’assimilation lorsque nous parlons de diversité et d’inclusion, en invitant des personnes comme Fo, qui a parlé tout à l’heure de représentation symbolique, n’est-ce pas, au lieu de simplement faire venir des gens qui semblent différents, ou qui sont représentatifs de populations différentes. Nous devons vraiment réfléchir à une transformation. Nous ne voulons pas simplement paraître différents. Nous voulons être différents. Nous voulons que nos systèmes fassent la promotion des valeurs des diverses populations et des diverses personnes que nous servons. Il ne suffit donc pas de nommer plus de juges autochtones, comme le dit mon ami Harry LaForme, nous ne voulons pas de juges qui s’identifient comme Autochtones. Nous voulons des juges autochtones qui établissent réellement ces relations en fonction de leurs cultures et de leurs valeurs, de leurs langues et de leurs lois, et qui insufflent cette compréhension au travail qu’ils accomplissent. Je pense donc que nous devons envisager d’aller au‑delà de l’assimilation et entreprendre une véritable transformation. Une transformation des services de police. Une transformation intégrale de la pratique du droit, des services de police, de la fonction de juge. Je pense que nous devons recruter des gens dans ces collectivités, puis les remettre au travail dans ces collectivités parce que tout revient à une question de relations. Nous devons être en relation avec les gens que nous servons. Il devient plutôt difficile de déshumaniser et de manquer de respect envers son voisin, sa cousine, la tante d’une personne qui vit dans la collectivité voisine. Vous savez, il devient très difficile de déshumaniser une situation quand vous êtes en relation avec des personnes. Je pense donc que c’est une question à laquelle nous devrions réfléchir sérieusement.

Annette Bailey :

Eh bien, Nadia, vous posez les questions les plus complexes, c’est certain. Donc, vous vous demandez essentiellement comment nous pouvons déraciner le racisme d’une vieille structure massive bien cimentée qui est construite brique par brique dans une perspective raciste. Une structure qui continue de toucher de façon disproportionnée les Noirs et les Autochtones avec des politiques et des pratiques dures et discriminatoires, et un système qui traumatise de nouveau des groupes, sans empathie pour leur expérience de vie et leurs droits humains. Comme le dit Myrna, démolissons tout. Je vais y aller un peu plus modérément en disant démantelons et reconstruisons. Et ceci ici, cependant. Les structures semblent toutes très complexes, mais la reconstruction du système consiste essentiellement à intégrer des considérations d’équité dans les politiques. Une des choses que Fo a dites, c’est l’importance de procéder à une analyse de l’intersectionnalité fondée sur la race pour comprendre de quoi elle est composée, les conséquences de ces composantes sur les personnes racialisées. Il s’agit d’un examen conscient et délibéré du système de justice pour cerner là où le racisme domine les décisions stratégiques et où les politiques n’ont pas tenu compte du contexte de la vie des gens. Il s’agit de tenir compte de l’équité dans les politiques judiciaires. L’équité, nous le savons, tient compte de l’origine des gens et de la façon dont les expériences ont une incidence sur leur trajectoire, leurs limites et leur accès. Donc, je n’ai rien de précis à recommander, mais je crois que si vous voulez démanteler notre système, si vous voulez le décomposer, je veux dire le démolir complètement, il faut commencer par les politiques. Mais ce n’est pas suffisant, parce que l’une des forces d’opposition que vous rencontrerez dans un système avec lequel les gens sont devenus très à l’aise, c’est qu’ils ne veulent pas que la politique change. Je pense qu’il faut miser sur une éducation et une formation à différents niveaux du système sur la lutte contre le racisme et sur les préjugés implicites et inconscients, qui mettent en relief les expériences des personnes les plus touchées par le système. Et je le dis tout en reconnaissant que l’éducation risque de ne pas suffire à elle seule. L’éducation ne réussira pas à briser ces structures systémiques mentales plus vastes et ces tendances au racisme dans le système; mais nous devons commencer quelque part.

Fo Niemi :

C’est tout un fardeau et tout un défi que de suivre ces excellents conférenciers. Je me sens si humble. Je me souviens des paroles d’un président américain qui parlait du gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple. Et je pense que tant que nous aurons un système qui n’est pas pour le peuple, par le peuple, vous savez, du peuple, le système échouera invariablement. Je répondrai donc à votre question en disant que le changement transformationnel viendra du peuple. Je pense donc que notre travail, nos mandats respectifs, sont de veiller à ce que les peuples, quels qu’ils soient, aient les moyens, le pouvoir, les ressources et la voix nécessaires pour exiger des changements à l’échelle systémique. Demander qu’ils fassent partie du système et que le système soit fait pour eux, par eux et dans leur intérêt. Voilà pourquoi je continue de croire qu’en fin de compte, nous devons positionner les personnes, les familles et les collectivités, pour s’assurer qu’ils sachent que peu importe ce qui se trouve devant eux, quel que soit le système institutionnel, il doit fonctionner pour eux, il doit travailler avec eux et il doit leur rendre des comptes. Il s’agit donc de la seule façon d’apporter, vous savez, un large éventail de changements pour chaque segment de la société et de la population canadiennes. J’aimerais terminer en disant qu’en fin de compte, ce sont les valeurs et les principes énoncés d’abord dans notre Constitution et ensuite dans notre Charte des droits qui, je l’espère, aideront à entreprendre cette transformation du système. Je souligne à nouveau la notion du droit à la même protection et au même bénéfice de la loi sans discrimination fondée sur des caractéristiques différentes. Je pense que ce sera peut-être la vision et le principe directeur le plus durable qui pourra nous aider à réaliser cette transformation.

Dre Nadia Ferrara :

Heidi présentera un résumé des remarques des panélistes.

Heidi Illingworth, Ombudsman fédérale des victimes d’actes criminels :

Je tiens à vous remercier sincèrement, Jade, d’avoir parlé de votre histoire, celle de votre famille et celle de Colten. Je sais que ce n’est pas facile à faire, mais que vous le faites dans l’espoir d’éduquer les autres et d’éviter que d’autres familles ne souffrent. Je tiens également à remercier Myrna, Annette et Fo de nous avoir expliqué leur travail dans le système juridique, dans le milieu universitaire et dans les communautés pour faire bouger les choses.

Nous avons entendu aujourd’hui des déclarations fortes de la part de nos panélistes. Je remercie chacun d’entre vous d’avoir fait part de vos réflexions et des gestes que nous pouvons faire pour démanteler le racisme systémique dans le système de justice au Canada. Maintenant, plus que jamais, nous devons nous engager dans cette discussion. J’espère que tous les participants d’aujourd’hui, et plus particulièrement ceux d’entre nous qui occupent des positions privilégiées et qui sont membres de nations colonisatrices, reconnaissent leur privilège blanc et leur responsabilité dans le travail qui nous attend pour démanteler le racisme systémique, mettre fin à l’oppression et décoloniser nos institutions. Ceux d’entre nous qui sont privilégiés peuvent avoir une vie qui leur donne l’impression que la loi est juste, égale et équitable. Mais ce n’est pas le cas. Nous savons que de nombreuses personnes de couleur déclarent qu’elles ne se sentent tout simplement pas en sécurité pour accéder à la justice après avoir vécu à répétitions des microagressions, de la discrimination et de l’oppression. Ils peuvent également avoir des identités intersectionnelles qui influencent pour le pire la façon dont ils sont traités. Nos institutions ont des racines coloniales, et nous devons reconnaître qu’elles ont été conçues d’une manière qui opprime et marginalise encore plus les gens de partout au pays. Nos lois ne parviennent pas non plus à donner du pouvoir aux victimes d’actes criminels, car elles ne rendent pas les institutions et les fonctionnaires de la justice pénale responsables du respect des droits prévus par la législation. Nous devons agir pour libérer les structures du pouvoir colonial qui nuisent aux communautés autochtones, Noires et racisées. Nous pouvons prendre des mesures pour décoloniser les idéologies coloniales selon lesquelles la pensée et les approches occidentales sont supérieures. Ceux d’entre nous qui sont des dirigeants doivent réfléchir à leur rôle dans le maintien du pouvoir et des privilèges. Comment utilisons-nous notre pouvoir? Sommes-nous vraiment à l’écoute des expériences des gens? Sommes-nous silencieux et complices ou utilisons-nous notre voix quand nous le pouvons pour dénoncer les abus de pouvoir, le racisme et l’oppression? En tant que leader, je peux reconnaître et désapprendre mes schémas de domination, par exemple lorsque je prends les choses en main et que je dirige et prends des décisions pour les autres. Au lieu de cela, je peux apprendre à suivre l’exemple de ceux qui sont les plus touchés par la violence et l’injustice. Je peux aussi essayer d’étendre mon pouvoir ou de le refaçonner afin d’aider les autres.

Mon bureau appelle à la transformation de notre système de justice qui perturbe les communautés, perpétue les abus et laisse les survivants de la violence et les délinquants de partout Canada sans ressources. Nous appelons à des stratégies qui tiennent compte des traumatismes, qui répondent aux besoins des victimes d’actes criminels. Nous appelons à une plus grande responsabilité des institutions et des professionnels de la justice pénale envers ceux qui souffrent de la violence et des préjudices, et qui sont les plus marginalisés. Nous appelons à des approches réparatrices, qui donnent la priorité à la guérison, et à des solutions centrées sur les victimes et les communautés pour lutter contre la criminalité, la violence et les traumatismes. Et enfin, nous appelons à des pratiques de justice plus viables, dont certains exemples ont été présentés par nos panélistes aujourd’hui. Agir pour la décolonisation signifie reconnaître et admettre comme vrais les déséquilibres de pouvoir qui caractérisent l’expérience autochtone, Noire et racisée au sein de notre système judiciaire et élaborer un plan d’action clair pour y remédier. Si nous voulons éliminer la surreprésentation des personnes Noires, autochtones et de couleur, à la fois comme victimes et comme délinquants dans le système judiciaire, il faut un véritable changement systémique et une réelle évolution. Le temps est venu de décoloniser notre stratégie et de renforcer les droits des victimes. Encore une fois, merci à tous ceux et à toutes celles qui ont participé à notre réunion virtuelle aujourd’hui. Merci, thank you, miigwetch. À vous, Nadia.

Dre Nadia Ferrara :

Comme l’activité tire à sa fin, je tiens à remercier tous les panélistes (Jade, Annette, Myrna et Fo) de s’être joints à nous aujourd’hui. Votre expertise et vos connaissances nous ont éclairés. Je remercie de tout cœur mon équipe, petite, mais déterminée, ainsi que les interprètes en français et en langue des signes qui ont apporté leur soutien technique – nous n’aurions pas pu offrir cette activité sans vous.

Merci à vous tous et toutes de vous être joints à nous et d’avoir apporté vos questions et vos commentaires. Nous apprécions que vous ayez pris le temps de nous joindre. Nous sommes reconnaissants de votre soutien continu.

Comme je l’ai dit, nous accueillerons des séances supplémentaires au cours des prochains mois. Vous y aurez d’autres possibilités de faire part de vos points de vue et de vos commentaires. Plus important encore, nous remercions les victimes et les survivants qui ont collaboré avec notre Bureau, qui ont fait part de leurs expériences, et qui continuent de guider notre travail

Ensemble, nous pouvons changer les choses pour les victimes et les survivants de la criminalité.

Meegwetch – Merci – Thank you.